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L’impact du coronavirus sur les personnes autistes

                          

Depuis quelques semaines voire des mois, je voulais écrire au sujet de l’impact du coronavirus sur les personnes autistes. Bien entendu, je vais traduire ici des vécus, le mien et celui d’amis, notamment au travers des difficultés rencontrées.

 Malgré tout en préambule, je voulais expliciter que l’impact fut divers selon les situations, et l’environnement de la personne. Certaines personnes ont ainsi pu bénéficier d’un cadre de vie sans sociabilité obligatoire qui a pu, au moins à court terme, sembler être une contrainte de moins. Même si le début de cet article est un peu anxiogène, il a surtout pour but d’expliquer les pistes de réflexion.

Dans une première partie, j’évoquerai l’impact sur le plan comportemental et sensoriel (qui sont d’ailleurs liés), ensuite sur l’impact psychologique, enfin je proposerai des pistes pour éviter que le coronavirus accroisse les difficultés ressenties pour les personnes autistes.

1) L’impact socio-comportemental et sensoriel

Pour beaucoup de jeunes enfants et adultes autistes, le confinement a signifié la fin de l’école, du travail (pour ceux qui en avaient) et une réduction des sorties en général. Aussi souvent à court-terme, des personnes comme moi ont pu se sentir soulagée, et je peux tout à fait le comprendre. Plus besoin d’entrer dans le petit théâtre social, j’ai pu me sentir soulagé, mais les périodes d’indécisions avant le confinement m’ont rendu très anxieux, j’étais alors inscrit dans une dynamique où de nombreuses formations m’étaient proposées et je ne savais jamais si j’allais devoir annuler les formations que j’allais donner. Les organisateurs étant eux aussi dans une difficulté à choisir une option.

C’est donc parfois quand même avec un certain enthousiasme que des personnes ont pu entrer dans le confinement, or si au départ cela fut ainsi, beaucoup ont perdu des compétences sociales. Comme le disait assez justement, une personne autiste, pour nous le social est comme manier un appareil photo réflex, il faut sans cesse faire la  mise au point contrairement aux appareils avec un  autofocus. Or cette qualité de faire la mise au point, de savoir quoi dire s’est perdue. En synthétisant un peu grossièrement, voici quelques difficultés résumées dans ce graphique :

Oui un point sur lequel je souhaite souligner l’importance, c’est que beaucoup de personnes autistes ont du mal à s’adapter, on peut lier cela à plusieurs choses, et sans doute à une flexibilité réduite. Mais c’est ainsi, or cette période a exigé de nombreuses adaptations, de nombreux imprévus. Si bien entendu peu de personnes autistes ne regretteront d’avoir à embrasser la moitié de la planète, beaucoup ont souffert de se voir couper dans bon nombre d’activités utiles comme le sport adapté, les sorties dans la nature etc.

Par ailleurs, le manque de sortie et de motivation sociales induites ont entrainé bien souvent des sous-habituations sensorielles dont certaines familles et personnes paient encore le prix :

Prenez quelqu’un qui ne sort plus dehors et vit dans une grotte ou un navigateur en solitaire, il a toujours besoin d’un temps plus ou moins long pour s’habituer aux stimulus nombreux lorsqu’il sortira dehors ou ira dans la vie sociale. De la même façon on peut avoir le phénomène inverse que l’on notera sensibilisation :

Je reviendrai sur le façonnement en 3eme partie

2) L’impact psychologique

Toutes les études le démontrent l’anxiété et la dépression ont explosés en temps de Coronavirus et particulièrement pour les jeunes. Il est toutefois difficile d’avoir de telles mesures pour les personnes autistes, pour diverses raisons. D’abord, parce qu’hélas, beaucoup de personnes autistes ont une symptomatologie dépressive très différente de la norme mais aussi du fait d’une verbalité réduite ou de leur manque de recul (insight), elles auront du mal à avoir  l’aide nécessaire ou à se déclarer en dépression.

Toutefois au regard de l’adaptation aux nouvelles contraintes, à cause de l’isolement social et aussi à un contexte anxiogène parfois peu compris, de nombreuses personnes autistes ont souffert. Par ailleurs la transition, et l’imprévu sont deux choses qui favorisent les contextes de difficultés comportementales et psychologiques, or ici et aujourd’hui encore malgré une pseudo prise en compte des fragilités psychologiques, des tas d’informations et injonctions contradictoires sont données. Enfin, beaucoup d’établissements avaient fait peu de guidance parentale nécessaire quand l’enfant était confiné et ont eu du mal à réagir face à une situation inédite en suivant convenablement les personnes (/https://aspieconseil.com/2020/05/02/les-lecons-du-confinement/). Dans ce lien, vous trouverez des idées pour améliorer la communication parent/structure. Par ailleurs, il fut difficile  pour bon nombre d’aidants de mener de front, un travail prenant et l’accompagnement de leur enfant.

Avec une classe parfois virtuelle et une pédagogie différenciée non mise en place, questionnaire sur plus de 1000 enseignants, les enfants autistes ont subi de plein fouet et ont accumulé les difficultés dont certaines ont conduit hélas au maintien dans la même classe ou au redoublement :

La difficulté de porter des masques (vidéo d’aide) a beaucoup renforcé aussi la peur des personnes et encore plus encouragé à un isolement social, à un rythme de vie décalée qui a contribué à un mal-être. Enfin, beaucoup de personnes autistes comme moi ont une vie sociale très virtuelle et les réseaux sociaux ont fortement contribué à la propagation d’informations anxiogènes. D’un coup, alors que j’avais beaucoup de formations prévues, il m’a fallu renoncer à cela, avec une difficulté à pouvoir les reporter à cause des vagues successives. Sans compter la perte financière notable, j’ai passé un mois à me lever à 9h30 sans avoir aucune envie et j’ai même dû envisager une nouvelle médication.

3) 10 solutions pour palier cette situation difficile :

Mon épouse en me lisant, me dira, sûrement que j’ai réussi à plomber le moral des troupes, toutefois voici une liste de conseils utiles :

  1. Si votre enfant ne veut plus sortir dehors, ne veut plus socialiser, commencez un petit programme de façonnement (c’est-à dire accepter d’habituer graduellement vers un objectif plus grand) :

Et surtout par la suite, j’invite à se forcer à sortir avec son enfant ou avec la personne autiste, en rendant cela très agréable pour elle. Même si elle en manifeste peu l’envie, à terme son bien-être sera renforcé et la sous-habituation risque de la rendre anxieuse et en souffrance.

  • Pour ma part la déconstruction du risque ne faisait que m’y ramener. A l’inverse accepter la fait que je puisse attraper le covid mais qu’intervenir auprès de personnes autistes est une valeur plus importante pour moi m’a engagé à continuer
  • En tant que personne autiste, vos rituels sont importants, ne les arrêtez pas en confinement. De même, vous pouvez mettre en place une structuration temporelle même en période sans activité, vous obligeant à vous exposer légèrement socialement, à faire une sortie par jour (en façonnant au début 5 minutes, puis 7 puis 10 minutes). Prenez du temps pour organiser vos journées
  • Observez bien vos changements en termes de réduction du temps passé sur vos intérêts spécifiques, de l’augmentation ou de la diminution de votre sommeil, de la teneur de vos pensées obsessionnelles. N’hésite pas à appeler vos CRA de référence, si besoin est, je vous y encourage.
  • Limitez votre exposition aux informations anxiogènes, et au besoin si vous êtes comme moi sur Facebook, désabonnez-vous des personnes qui relayent beaucoup d’informations qui provoquent chez vous une augmentation de vos pensées obsessionnelles ou de votre anxiété.
  • Utilisez les règles d’acceptation des pensées négatives et engagez vous dans ce qu’il vous plait, ce temps peut être aussi celui de vous former à vos sujets préférés, et c’est ce que j’ai fait au cours de cette période.Ici Monsieur Liratni propose une vidéo bien réalisée pour cela :
    https://www.youtube.com/watch?v=l9LR05Fx8hM
  • La pleine conscience est une technique éprouvée dans l’autisme, vous trouverez des vidéos un peu partout, engagez vous dans ce temps d’écoute de vos sensations, prenez le temps. Ne soyez pas à la recherche d’objectifs inaccessibles
  • Beaucoup de Webinars, de mooc sont disponibles gratuitement pour se former par exemple à l’autisme et sur de nombreux autres sujets, n’hésitez pas à profiter de ce temps pour vous engager dans vos passions
  • Les groupes de personnes autistes peuvent être des lieux de refuge pour discuter de votre stress, des cafés virtuels ont même vu le jour
  • Même en temps sans activité, il faut cultiver les moments de loisirs, ne culpabilisez pas de prendre des temps pour vous
  • Renforcez votre sentiment d’efficacité, gardez les liens avec les personnes qui vous font du bien et surtout notez vos projets et réalisez-les, en cette période il est important de pouvoir garder une estime de soi convenable.

Conclusion :

En cette période anxiogène, j’ai vu des personnes typiques décompenser alors que jusqu’alors elles avaient un équilibre et ce qu’elles soient jeunes ou plus âgées. Aussi ne culpabilisez pas si vous ressentez du stress, de l’anxiété et de la souffrance. Plus particulièrement pour les personnes autistes, la satisfaction de n’avoir plus à jouer le théâtre de la vie sociale, a pu impacter leur vie au point de ne plus vouloir sortir. D’autres qui n’arrivent plus à reprendre leur travail ou leurs études, contactez les lieux de diagnostic, mobiliser les sites comme Qare/Livi où on trouve des psychiatres pris en charge. Dans tous les cas, cet article n’entend pas explorer toutes les façons de vivre le coronavirus qui dépendent de plein de facteurs autre que l’autisme de la personne.

Pour aller plus loin :
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7392884/#bib2

Le trouble oppositionnel

J’ai voulu créer une trame globale pour aider les parents mais aussi personnes concernées à mieux gérer le trouble oppositionnel avec provocation. Bien souvent la souffrance engendrée par les nombreuses crises empêche de prendre du recul sur la situation. Tout d’abord un fichier PDF qui à mon avis est le format le meilleur :

Document PDF sur le top

Et ensuite sous forme d’article dont voici les 3 parties:

Le trouble oppositionnel avec provocation: Partie 1/3 pour les familles

Le trouble oppositionnel avec provocation: Partie 2/3 pour les personnes concernée

Le trouble oppositionnel avec provocation (3/3) Outils et témoignages

Comme vous le verrez l’article contient 34 pages, 18 images crées pour l’occasions, aussi c’est du temps, alors si le travail vous a plu, je vous propose comme stipulé en préambule un moyen de me soutenir. Tout d’abord cela me permet de maintenir le site qui coûte 100 € par an (et ainsi de retirer les publicités), ensuite de proposer du travail notamment un projet de Mooc véritablement interactif en Français à destination de tous:

https://www.leetchi.com/c/aspieconseil

Merci pour vos encouragements quels qu’ils soient. Je vous souhaite bonne lecture dans ce plan qui est un tryptique au carré (soit 9 parties).

 

 

 

PowerCards: Les super-héros de la motivation sociale

Il est fort difficile de motiver les enfants autiste d’interagir avec les autres, ainsi que de respecter les règles sociales. Les personnes autistes adultes dont je suis ont parfois appris cela au travers de mangas, de dessins animés, ou de films. C’est de cette idée qu’est né l’outil, beaucoup d’enfant autistes peuvent imiter lorsque la motivation est présente. L’idée est donc de s’appuyer sur un dessin animé ou un personnage qu’affectionne l’enfant pour lui donner les clés d’un comportement ou la motivation pour changer. Voici donc un sujet pour les familles autistes et même qui peut être utile à tous les enfants.

Les power Cards me furent présentées très brièvement en formation. Elles m’ont semblé efficaces et surtout elles offrent un sens pour l’enfant contrairement à des approches plus comportementales qui peuvent être complémentaires. Elles s’adressent à une population qui possède déjà une compréhension du langage, mais il est fort possible de changer le contenu pour le rendre beaucoup plus accessible. Comme d’habitue un plan en trois, mon fameux triptyque

I) Développer une compétence sociale ou comportementale :

Quel que soit l’enfant, l’important est de favoriser son bien-être en tant que parents. Les deux écueils dans l’éducation sont l’anomie (l’absence de règles) et à l’inverse une forme de dressage parfois violent.
Aussi un point avant de commencer qui est primordial : un comportement n’est jamais le reflet d’une personne et nous interprétons trop souvent les personnes à l’aulne de leur comportement. « Un enfant n’est pas méchant », mais son comportement peut être inapproprié. Ma mère m’a souvent nommé l’insatisfait perpétuel, comme vous le voyez ce sobriquet, n’a guère entamé mon sens de la critique.

Voici deux sortes de domaines où des compétences peuvent être visées :

  • Comportementaux
  • Sociaux

Quelques exemples :

  • Accepter son tour de jeu
  • Accepter la défaite
  • Ne pas parler à des personnes dans la rue
  • Ne pas frapper quelqu’un qui a fait un acte qui nous déplait
  • S’affirmer

II) L’ABA une approche complémentaire :

Il existe d’autres moyens de travailler cela, en utilisant un principe de type ABA, où tout simplement un comportement autre est proposé et renforcé par des moyens plaisants, selon ce schéma bien connu :

ABA 1

Pourquoi ici ai-je décidé de ne pas utiliser l’ABA dans le cadre social ?

  • D’abord parce que ce n’est pas toujours possible dans la socialisation. Un dialogue n’est pas un chaînage d’étapes, sinon l’enfant qui sort de l’attendu est placé dans une situation d’inconfort et de stress. Une conversation est un ensemble presque infini d’interactions. Déconnecté du sens que doit porter le dialogue, l’enfant devient une machine à répéter « salut ça va ? » et qui attend la réponse apprise.
  • Ensuite parce que l’avantage de l’outil que je propose est qu’il offre du sens. Il peut s’appuyer sur du comportemental mais en donnant une motivation sociale à l’enfant.
  • Enfin parce qu’il est souvent difficile d’estomper un renforçateur artificiel, c’est-à-dire de ne plus donner quelque chose pour maintenir le bon comportement. Trop souvent le renforçateur est la tablette, et peu sont capables d’estomper cela

II) Les power Cards : comment les rédiger?

L ’idée est de choisir un comportement désiré, ce comportement sera ensuite motivé par l’imitation du personnage qu’affectionne l’enfant.  L’ABA et les intérêts spécifiques ne sont pas toujours suffisants pour favoriser un comportement adapté pour la personne. Encore une fois, je le répète, tout changement (Autisme Asperger : Faut-il changer ?) doit être motivé dans l’intérêt de la personne autiste avant tout.

Prenons un exemple simple : je souhaite développer ce comportement « accepter de perdre ». Je sais que l’enfant apprécie CARS. Flash Mac queen est le héros de l’histoire, j’ai choisi un langage très simple pour expliquer :

  1. Narration de l’histoire: Flash Mac Queen ne gagne pas toujours les courses. Quand il perd une course, il n’est pas content. Il a envie de tout arrêter, puis il réfléchit. S’il a perdu cette course, il peut gagner la suivante. Aussi il va s’entraîner pour progresser.
  1. Mise en situation pour l’enfant: Toi aussi, il t’arrive de perdre. Comme Flash, tu n’es pas content. Mais tu pourras gagner une prochaine fois. Alors quand tu ne gagnes pas, tu peux t’entraîner comme Flash.
  1. Ensuite demander à l’enfant de choisir une photo pour agrémenter l’objet, une photo du héros qu’il aime, il est important qu’il soit participatif dans la création
  2. Ensuite cette carte doit être à portée de main, par exemple dans un classeur dédié avec d’autres petites cartes liées à son dessin animé préféré. S’il sait lire, ça peut lui faire plaisir de lire sur son personnage et ça peut être un objet plaisant pour l’enfant.

Dans les exemples suivants, le langage est plus élaboré car il correspond à un autre public :

  • Maîtriser sa colère :

power cards 1.png

 

  • S’affirmer :

power cards 2.png

 

Ces exemples sont destinés à illustrer. Les power cards ont pour objet de favoriser la motivation avant de développer une pratique. Ils peuvent ensuite engager l’imitation de l’enfant au travers du dessin animé préféré de vos enfants.

 

 

En conclusion : La motivation est une chose importante pour viser l’apprentissage ou le changement de comportement. Bien souvent elle peut être difficile à obtenir sans utiliser des renforçateurs dits artificiels, par exemple « je gagne 5 minutes de tablette si j’accepte de dire bonjour aux gens qui entrent dans ma maison ». Or il est difficile d’estomper et de trouver un renforçateur naturel. Du coup, chez beaucoup d’amis le renforçateur naturel ne vient jamais, et le gamin apprend à coup de tablettes.

Avec cet outil, le renforçateur est moins utile, il s’appuie sur un intérêt important pour un dessin animé ou un personnage, pour favoriser une motivation. A lui tout seul, il ne peut régler un gros problème, mais il peut induire la motivation qui préside au changement.

N’hésitez pas si vous créez des power Cards à me les envoyer, cela m’intéresse vivement.

Un site ami:
https://autismeautonomie.wordpress.com/

Lien vers un site anglais de power cards:

http://www.autismcircuit.net/tool/power-card

Lien Facebook pour m’envoyer vos powerCards, suivre nos actualité, les infographies:
https://www.facebook.com/Aspieconseil/

 

 

Sous-handicap, sur-handicap, une juste nuance à trouver

Il y a un an et quelques jours, j’entamais mon premier sujet sur l’exposition la juste nuance à trouver (Sous exposition / Sur exposition : Une juste nuance à trouver). Alors rédiger un article avec ce titre aujourd’hui peut paraître redondant, inutile. Pourtant je pense qu’il est pertinent d’explorer nos difficultés, notre représentation de celles-ci et ce rapport de l’autisme à notre identité.

Beaucoup d’adultes Asperger ne savent pas évaluer les difficultés qu’ils rencontrent. Ils composent ou les ignorent pendant des années au risque de tomber en vive dépression. A l’inverse, ils peuvent se replier sur eux-mêmes, tomber dans l’auto apitoiement et dans le repli.

Je commencerai donc par définir le sous handicap et en quoi celui-ci est nuisible. Ensuite j’analyserai le sur-handicap, enfin je tenterai de trouver cet équilibre que nous devons trouver. En résumé, une étude en triptyque pour ne pas trop bousculer mes lecteurs habituels.

 

I) Le sous-handicap :

 

Je définis la notion de sous handicap ainsi: une minoration des difficultés des personnes au quotidien. Celle-ci est tantôt consciente, tantôt elle s’opère inconsciemment.

Ainsi par exemple, une étude qui met en exergue cette sous-évaluation des problématiques est la suivante. Une étude a été réalisée sur 200 personnes proposées à une évaluation clinique de l’autisme. Celles-ci devaient préalablement remplir un questionnaire, l’AQ (voir lien). Cet auto-questionnaire fort connu dans le milieu évalue en fonction des réponses un seuil pour repérer les personnes autistes. Il s’avère que 64% des personnes qui aux auto-questionnaires avaient un score en dessous des seuils étaient en réalité des « faux-négatifs » et avaient bien un TSA. Elles évaluaient donc fort mal leurs difficultés qui se retrouvaient à l’ADOS (Au commencement était le diagnostic (première partie)). Merci à ce groupe pour ces infos et particulièrement à Adeline :https://www.facebook.com/autisme.regards.croises/

Pourquoi ce sous-handicap semble-t-il si présent dans l’autisme Asperger ? D’abord du fait du diagnostic tardif. Beaucoup ont  fonctionné jusqu’alors tant bien que mal. ils ont souvent mis en place des compensations pas toujours fonctionnelles, mais ont l’impression d’être adaptés.

Ensuite parce que beaucoup d’adules Asperger peinent à analyser leurs souffrances. Ils pensent que leur comportement est tout à fait normé, qu’ils ont de bonnes habiletés sociales. Ils manquent d’insight, c’est-à-dire qu’ils ne s’évaluent pas correctement. Un tiers (famille, compagnon, compagne ou psychologue) est nécessaire pour estimer au mieux leurs difficultés.  Par exemple, Mon score total à l’Aspie-quiz fut réévalué de 30 points quand ma femme a rempli ce questionnaire. Je manquais beaucoup de distance tant sur la perception que les autres avait de moi, que sur mes difficultés réelles.

Une dernière explication pourrait être la suivante : les personnes autistes s’évertuent tellement à compenser qu’il devient difficile de mettre en exergue les problématiques de leurs vies.

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Des personnes vivent des situations fatigantes et anxiogènes dues à un environnement hostile et pourtant ne semblent pas en avoir conscience. Elles composent autant qu’elles peuvent pour finir souvent broyées. Il est important qu’elle puisse avoir un diagnostic et des adaptations faute de quoi les conséquences peuvent être très importantes allant jusqu’au suicide. Hélas encore une fois le problème est lié à l’absence de diagnostic précoce.

II) Le sur-handicap

Je définis la notion de sur-handicap comme la surévaluation des difficultés Celle-ci est tout aussi présente et peut être conscience. Comme le sous handicap, cela se retrouve souvent après la pose du diagnostic toutefois il n’y a pas de règle.  Beaucoup l’affirment d’ailleurs : « Je vais pouvoir enfin vivre mon autisme sans se cacher ». A mon sens cette période transitoire est classique mais devient problématique quand elle s’installe.
Quand elle est installée, les personnes autistes peuvent se mettre à imiter une certaine image de l’autisme qu’elles ont.Ainsi elles peuvent abdiquer tout ce qu’elles réussissaient avant leur diagnostic et se replier. Le risque est inhérent à tout diagnostic tardif. D’autant plus dans l’autisme où souvent le diagnostic se lie à l’identité. La personne reprendra par congruence ce qui ressemble dans son histoire à cette image de l’autisme. Les personnes sans le vouloir peuvent même entamer une dynamique de comportements autistiques plus marqués. Ceci alors même qu’elles sont réellement autistes.

L’identité est un ensemble de représentations que l’individu garde en mémoire. Le schéma de soi est cette mémoire choisie, il garde de notre mémoire les évènements liés à notre identité multiple. Le concept de soi dynamique est moins figé, il est influencé par notre identité  mais interagit avec nos comportements.

Le problème d’un diagnostic tardif est qu’il déstabilise le concept de soi immuable. Qui suis-je désormais que je sais que je suis autiste ? L’identité a besoin d’un self stable qui embrasse la vie dans une continuité. Face à ce diagnostic tardif, la question est entière, suis-je la personne qui composait très mal avec la société ? ou bien celle qui est aujourd’hui diagnostiquée autiste ? Ce sur-handicap n’est donc pas inhérent à la personne mais bien à ce retard de diagnostic, qui pousse des personnes autistes Asperger à quitter leur emploi, à se replier et au final à souffrir. C’est aussi ce qui peut conduire chacun de nous à relier des épisodes triviaux de la vie à notre identité autistique : « j’ai raté une conversation parce que je suis autiste ».

Pourquoi parler de ça ? Pas pour dénoncer des personnes en souffrance, loin s’en faut mais pour inviter à une réflexion globale. Ce sur-handicap conduit à bien des souffrances. Ce « self » qui se relie à l’autisme ne doit être que temporaire faute de quoi la souffrance est aussi importante que dans le sous handicap. Je ne suis pas au-dessus de ça, tous nous sommes sujets à cette inclination. Même si je n’ai jamais su garder un emploi, je vois à quel point j’ai réduit ma sociabilité depuis mon diagnostic.

Le risque est la sous-habituation mais aussi tomber dans une quête infinie de diagnostics et de prises en charge. J’ai des troubles attentionnels, une dyspraxie, un spécialiste m’a proposé de voir un psychomotricien, un neuropsychologue. Finalement n’est ce pas une quête de la normalité perdue d’avance ? Et puis n’ai-je pas fonctionné jusqu’à aujourd’hui sans cela?  De même, je peux  travailler  dans des protocoles, des scénarios sociaux, pour des activités que je pratiquais sans mal préalablement. Passer mon temps de thérapie ne m’apporterait que peu de bénéfices et ne ferait qu’affaiblir mon sentiment d’efficacité.

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III) Mais alors comment trouver cette juste nuance ?

Autistes et NT évoluent, personne n’est figé dans les difficultés et nous pouvons faire fi des déterminismes génétiques. Cette évolution doit permettre de fonctionner au mieux avant tout pour nous-même. Cela peut passer par de l’accompagnement, des outils, de l’aide ou une reconnaissance MDPH. J’apprécie d’être accompagné par une psychologue qui me fournit de nombreux outils, mais même si j’apprécie les outils visuels, je ne me laisserai pas asservir par eux. J’en propose aussi, disposez-en mais ne tombez pas dans une dépendance envers eux.
Cette juste nuance doit être recherchée quelques temps après le diagnostic, notamment par des hétéro-questionnaires. Comment fonctionnais-je avant le diagnostic ? Qu’est ce qui finalement me faisait défaut, qu’est ce qui me coûtait ? Il ne faut pas ignorer les difficultés sous peine d’en souffrir, il ne faut pas majorer celles-ci sous peine de s’isoler et de réduire son sentiment d’efficacité (Sentiment d’efficacité personnelle) . Vos forces et faiblesses étaient préalables au diagnostic et l’autisme ne le résume pas. Le diagnostic permet de mieux se connaître, permet de prendre conscience de certaines limites qui conduisait à un épuisement physique et moral et en cela il demeure un atout important. Mais il n’est pas une reconnaissance d’une identité.

Aujourd’hui plus que jamais cette question touche aussi les enfants autistes. Enfant, beaucoup étaient en situation de sous- handicap et souffraient en silence. Aujourd’hui, le sur-handicap pourrait défavoriser l’inclusion des enfants ainsi :

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En conclusion :

Je plaide pour un diagnostic précoce qui évite ces écueils, mais aussi pour un accompagnement réel post diagnostic quand celui-ci est nécessaire. Faute de cette réalité pour beaucoup d’entre nous, j’espère vous inviter à cette réflexion qui à mon avis peut toucher tout le monde et d’abord moi-même. Cet article ne se veut pas une critique. Beaucoup de personnes autistes sont aujourd’hui en situation de sous handicap et souffrent en silence. Le sur-handicap ne saurait être une solution.  Le diagnostic m’a aidé j’ai 40 ans très peu d’expériences professionnelles, diagnostiqué à 37 ans et j’ai plus travaillé après le diagnostic qu’avant.

Enfin, je voulais remercier chacun d’entre vous pour votre suivi, il y a un an, je venais de perdre l’emploi de mes rêves et je n’aurais jamais pensé que mon site puisse rassembler autant de vues .

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Bibliographie utile:
http://www.jle.com/download/pnv-280203-le_soi_a_la_loupe_des_neurosciences_cognitives–WlJN838AAQEAABAzHx4AAAAE-a.pdf