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Autisme Asperger : Faut-il changer ?

Voilà bien une question difficile, faut-il changer et si oui comment ? Construire ou déconstruire un comportement s’avère être une démarche qui doit être évaluée. En effet, elle induit un coût financier et énergétique que l’on doit mettre en balance avec le résultat escompté. Alors, quels mécanismes président au changement ? pourquoi changer ? et surtout comment fonctionne le changement ? Encore un article en triptyque pour préserver ma rigidité cognitive.

I) Les mécaniques qui président au changement :

Alors avant de savoir si vous voulez engager un changement, comprenons ensemble pourquoi il s’opère et pourquoi dans certains cas nous n’arrivons guère à maintenir ce changement dans le temps.

Autisme changer livre (1)

La prise de conscience peut être de plusieurs ordres :

  • Par de l’auto-évaluation, par exemple via des questionnaires ou via ce type de cartographie: Cartographier l’autisme
  • Par l’emploi d’un professionnel qui saura cibler les comportements non fonctionnels
  • Par de simples tableaux qui permettent d’envisager les avantages et les problématiques d’un changement ou d’un comportement

II) Pourquoi changer?

Par exemple, je mords souvent mes vêtements et notamment mon écharpe. Avec ma psychologue, la question fut posée, faut-il tenter de modifier ce comportement ? Au final, changer était un parcours long, d’autant qu’il me fallait sans doute envisager un autre moyen de me réguler émotionnellement face au stress. J’ai donc décidé de m’accepter tel que je suis. A l’instar de la médication, tout changement doit être évalué selon le ratio bien connu bénéfice/coût

Par contre il est possible d’objectiver si une pratique est bonne. Pour cela il peut être pertinent d’utiliser un tableau comme celui-là. L’exemple exposé ici est présenter mes excuses à quelqu’un quand j’ai mal agi :

Points positifs dans le changement ici demander pardon Résistances au changement Risques du statu quo
Pour réduire la souffrance d’autrui Minimisation de la souffrance d’autrui Risque de maintien des griefs d’autrui envers soi
Pour améliorer la qualité de la relation Etre tributaire de toutes les susceptibilité Risque d’altération de la relation
Pour montrer un respect pour l’émotion d’autrui Irresponsabilité vis-à-vis de son incompréhension Sentiment de froideur et de manque d’empathie chez autrui

 

L’anticipation de la récompense ici aurait pour objet une proximité plus grande avec la personne et une déculpabilisation d’avoir mal agi.

III) Mais alors comment fonctionne le changement :

Diagramme du changement (2)

Dans la rechute, il semble approprié d’envisager à la fois les bénéfices à la résistance au changement, mais aussi tous ceux inhérents au manque de flexibilité cognitive liée à l’autisme.

C’est pourquoi des récompenses peuvent être proposées soit en renforçant le sentiment d’efficacité (Sentiment d’efficacité personnelle) soit par renforçateurs artificiels ou naturels. Les renforçateurs naturels sont ceux inhérents à une pratique, par exemple si je bois, j’étanche ma soif et ceux artificiels étant par exemple, de m’offrir un restaurant chaque semaine où je ne fume plus… Le tableau des récompenses fourni dans ce lien pourra vous y aider: tableau récompenses. Mais dans tous les cas, posez-vous la question, le changement que je veux réaliser vaut-il le coût investi ?

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Sentiment d’efficacité personnelle

Ceux qui me connaissent parce qu’ils ont accès à mon mur facebook le savent, l’optimisme n’est pas de rigueur et une des souffrances qui est la plus présente dans ma vie est un moindre sentiment d’efficacité. Je suis comme la personne plus haut, j’initie beaucoup et je ne finalise pas grand chose. Plus généralement, certaines personnes autistes sont perfectionnistes, et même les autres souffrent très souvent de ce que l’on nomme couramment un manque d’estime de soi.

Cet article présentera rapidement ce qu’est le sentiment d’efficacité les mécanismes notamment dans l’Asperger qui président à sa réduction et enfin des techniques simples pour le renforcer.

I) Le sentiment d’efficacité : Aspect définitionnel

Wikipedia le définit ainsi : Le sentiment d’auto-efficacité constitue la croyance qu’a un individu en sa capacité de réaliser une tâche. Plus grand est le sentiment d’auto-efficacité, plus élevés seront les objectifs que cette personne se fixera, son engagement dans leur poursuite et les moyens organisationnels pour y parvenir. Contrairement à l’estime de soi qui a une vocation plus globale, ici c’est une estimation sur une pratique, une matière donnée.

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Donc ce qui engendre le sentiment d’efficacité personnelle :

  • Les expériences passées
  • La motivation
  • L’état moral du moment (stressé, déprimé etc)
  • Les modèles de personnes sur qui s’appuyer

 

Du coup, un élève qui s’estime bon en histoire, choisira une voie en ce sens, et ce finalement peu importe son inclination pour l’histoire. Par ailleurs,  non seulement il envisagera cette voie mais se montrera plus performant et élevera ses objectifs dans cette matière.

Le sentiment d’efficacité démontre la réussite et la persévérance dans plusieurs études (Bandura, 1988; Bong et Skaalvik, 2003; Marsh 1990). D’emblée, comme je me sais incompétent en relation sociale, je ne vais pas vers les autres. Aussi chaque fois qu’obligé, j’entame une relation sociale, je souligne tous les ratés de ma communication défaillante.

II) Les effets positifs ou négatifs du sentiment d’efficacité

Ce diagramme explicite la manière dont le sentiment d’efficacité personnelle peut être affecté :
Sentiment d'efficacité affaibli (2)

 

Les effets négatifs d’un sentiment d’efficacité personnelle sont larges et conduisent à un mal-être évident :

  • Surgénéralisation des échecs
  • Dénigrement et auto-apitoiement
  • Volonté d’abandon
  • Dénigrement de soi vis à vis des autres
  • Evitement/fuite
  • Atténuation du bien-être

A l’inverse les effets positifs sont tout autant notable :

  • Persistance des comportements même en cas d’expérience aversive (échec)
  • Des objectifs supérieurs
  • Des performances plus élevées
  • bien-être renforcé

 

Ainsi une personne avec un SEP (sentiment d’efficacité personnelle) elevée aura tendance en cas d’échec, à attribuer cette difficulté à des causes extérieure, celles avec un SEP faible auront tendance à l’imputer cela à lui, en dénigrant sa personne: « je suis autiste, je n’arriverai jamais à réussir un entretien d’embauche ou à faire du ski ». De même l’un aura tendance à voir les obstacles comme un challenge ou comme une menace à éviter dans le cas d’un SEP faible.

III) Comment renforcer son sentiment d’efficacité personnelle

 

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  • Faire des listes

Faire des listes de tâches accessibles, ainsi par exemple à l’aide d’une application comme celle-ci Todoist, il est fort possible de noter les tâches à réaliser et à la fin de la journée d’examiner tout ce qui a été réalisé. Souvent les personnes comme moi, souffrent d’un sentiment d’inefficacité fort, à quoi bon se lever, s’il n’y a pas de travail de notifié. Ainsi vous pourrez constater tout ce que vous aurez accompli et par là même accroitre les objectifs :

https://fr.todoist.com/

Liste

  • Se faire un tableau des récompenses

Se faire un tableau pour se récompenser soi-même. D’emblée le moyen peut sembler infantilisant , mais il est évident que dans certaines situations, ce type d’aide visuelle peut être nécessaire.  Il est fort possible d’ajouter des tâches et de vous récompenser par un cadeau quelconque, un temps privilégié, un temps passé sur votre intérêt spécifique. Encore une fois, notons que beaucoup de personnes perçoivent leur salaire comme une récompense et les primes sonnent encore plus comme un mérite. C’est pourquoi en aucun cas il ne faut être choqué par un tel usage, l’important est d’en retirer un sentiment d’efficacité.

Voici mon tableau de récompense que je vous livre en format word, évidemment il est nécessaire de le mofier selon vos IR et vos besoins:

semaine

Voici le lien sous word, tout est paramétrable et libre de doit
tableau récompenses

  • Être bien entouré

Pour être motivé, il faut :

  • Des personnes encourageantes : Entourez-vous de personnes capables de vous motiver.
  • Des modèles « vicariants » (pléonasme ?): Pour être efficace, il faut mimer des personnes qui le sont, aussi il est important d’apprendre par mimétisme. Entourez-vous ou visualisez des personnes talentueuses
  • Accepter l’échec

Là je n’ai pas de conseils, mais sachez-le d’Einstein à De gaulle et autres, tous ont échoué un jour, tous se sont remis en question. Ce n’est pas parce que vous êtes autistes que vous échouez. Un neurotypique ne réussit pas tout ce qu’il entreprend.

  • Une tâche ça se prépare :

Cela peut faire rire, mais voilà le type de listing que je réalise pour mon enfant, et bien riez mais j’ai réussi seul à le garder 3 semaines  (en rouge mes activités en noir celles de mon fils):
Préparation Matin

N’hésitez pas à consulter nos deux articles sur la résolution de problème :

Il n’y a pas de problème, il n’y a qu’une bonne solution à trouver.

Résolution des problèmes (II) : On trouvera bien une petite astuce pour le travail

  • Notez le positif à chaque fin de journée :

Si je l’évoque rapidement, c’est qu’à chaque fois que j’ai tenté pareille pratique, je n’ai pas maintenu dans le temps et j’avais beaucoup de mal à noter la moindre chose, à cause de mon sentiment d’efficacité faible.

Conclusion :

Renforcer son sentiment d’efficacité, c’est renforcer son bien-être. Si j’ai créé ce sujet, c’est parce que je lis dans ce questionnaire et dans les groupes que j’anime, ce mal-être que nous vivons. La moitié des personnes concernées par l’autisme, pensent au suicide et un tiers ont fait une tentative. Bien entendu, ce sujet ne saurait empêcher une personne de mettre fin à ces jours. Regardons-nous avec un peu de bienveillance. En renforçant votre sentiment d’efficacité, les objectifs augmenteront et votre bien-être aussi. J’espère que ces techniques sauront vous aider comme elles m’aident.

Si vous ne l’avez pas consulté, cet article est un peu le squelette (attention c’est au sens figuré) de mon blog:
Cartographier l’autisme en schémas pour mieux l’accompagner :

Si vous n’avez pas rempli le questionnaire, merci de le faire car c’est d’une grande utilité pour connaître les besoins:
Un questionnaire pour mieux connaître les besoins de l’autisme Asperger adulte

Sources :
http://www.madmoizelle.com/sentiment-efficacite-personnelle-81626 (très bon article)

https://osp.revues.org/741

Comme d’habitude, mon facebook est disponible ici:
https://www.facebook.com/Aspieconseil/

 

 

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Les fonctions exécutives

Les fonctions exécutives sont un ensemble de processus hétérogènes d’ordres supérieurs qui sont impliqués dans une action orientée vers un but non routinier, c’est à dire dans une situation nouvelle. Selon les textes, les fonctions associées diffèrent, aussi je propose une définition large, quitte à ce qu’elle ne fasse pas consensus. Le but de cet article n’étant pas de faire de vous des personnes capables de discriminer les fonctions exécutives mais de pouvoir dresser un constat et de recevoir des conseils. J’entends les critiques qui trouvent que je souligne de façon excessive les anomalies, aussi je réfléchis à un article pour dresser un tableau des forces que l’on retrouve dans l’autisme et comment les exploiter au mieux.

Comme Laurent Mottron le soulignait dans « Autisme une autre intelligence » et au cours de questions/réponses (voir vidéo), les fonctions exécutives affectent la vie quotidienne de nombreuses personnes autistes. Même avec un fort QI, il est souvent difficile pour une personne autiste de s’organiser, planifier, décomposer, résoudre des problématiques, ce qui est aussi souligné dans l’intervention de Mottron. Bien entendu, tous ne sont pas concernés fort heureusement.
Fidèle au plan triptyque désormais habituel (encore un manque de flexibilité cognitive) : La première partie sera consacrée à expliquer théoriquement ce que l’on nomme les fonctions exécutives, la deuxième de souligner les altérations possibles et enfin de proposer des conseils. Les aides seront souvent l’objet d’un article car il est important d’y consacrer vraiment du temps, tant les troubles des fonctions exécutives peuvent être handicapants.

I) Les fonctions exécutives :

Les fonctions exécutives recouvrent un ensemble de capacités dépendant de fonctions supérieures qui permettent de contrôler l’action, et spécialement l’adaptation de l’action dans un contexte nouveau comme le montre le schéma suivant :

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Bien entendu cette action doit s’inscrire dans une résolution de problème ou pour atteindre un objectif.

Des études ont montré que chez les autistes présentant un syndrome d’Asperger les résultats à ces tests sont moins bons que chez des sujets témoins (Ozonoff et Pennington, 1991 ; Szatmari et al., 1990).

Enfin, la mémoire de travail, l’inhibition de la réponse, la flexibilité peuvent être atteintes à des degrés divers dans l’autisme (Rogers et Bennetto, 2000), ainsi que cette étude: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2856078/

Une fonction sera dite exécutive, si elle s’inscrit dans une action :

  • d’initiation, de formulation d’un plan d’action et de mise en mémoire pour réaliser une action
  • de mise en œuvre , maintien de l’action
  • de gestion des imprévus, les distracteurs et tout ce qui nuit à l’exécution
  • de régulation émotionnelle

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II) Les troubles des fonctions exécutives dans l’autisme :

Cela peut sembler une surprise, tant l’image de l’autisme véhiculée est à rebours de cette idée, mais bien des personnes autistes ne savent pas du tout s’organiser. Si certains peuvent remarquer un déplacement d’objet, beaucoup sont noyés dans un bazar important et leur bureau est jonché de papiers, d’articles où même eux se perdent.

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Quelques tests sont pratiqués pour juger des fonctions exécutives, par exemple la BRIEF, mais aussi un jeu très connu la tour de Hanoï ou de Londres, dans lequel la personne doit déplacer des disques empilés autour d’une tige, du plus grand au plus petit sur la tige de droite avec deux règles, déplacer un disque à la fois, un grand ne peut être placé sur un petit.

http://www.pousseurdebois.fr/les-tours-de-hanoi/

Si ces tâches impliquent planification, organisation, fonction motrice, il est fort possible de réussir ces tests tout en ayant des faiblesses au niveau des fonctions cognitives. C’est là, l’un des biais des tests, ils ne sont pas pratiques in vivo, il faudrait pour établir un bilan travailler sur des questionnaires pour évaluer les atteintes dans la vie quotidienne

III) Les aides possibles :

J’ai déjà développé certains articles sur les fonctions exécutives aussi je propose ce schéma qui montre les diverses options. A l’avenir, je m’attacherai à travailler chaque spécificité et pour cela un article voire des articles seront nécessaires. Je me suis permis de retirer du graphique la résolution des problèmes car j’ai déjà développé ici une aide (Il n’y a pas de problème, il n’y a qu’une bonne solution à trouver.)

Ce diagramme présente différents plans d’actions pour améliorer les fonctions exécutives, en aucun cas il n’est exhaustif :

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Des outils peuvent être utiles :

  • Quelques jeux de sociétés : Dobble, Bazar bizarre, mais aussi de simples jeux de carte qui obligent à l’inférence, à la flexibilité
  • Des montres avec Alarmes et timer, un bon exemple est un outil comme PictoTask, développé pour des tâches à la base plus liées à l’autonomie mais qui peut être exploitée http://www.pictotask.com/
  • Quelques objets en vrac, issus d’un site spécialisé et qui peuvent aider les enfants concernés au quotidien et pourquoi pas les adultes :
    http://www.hoptoys.fr/des-jeux-pour-developper-les-fonctions-executives-c-3227.html

Quelques tests pour mettre en évidence les problèmes de fonctions exécutives :

Quelques tests en ligne mais qui ne sont pas représentatifs directement des problématiques exécutives :

Cet article est avant tout une introduction aux fonctions exécutives, aussi pour une fois je vous présenterai mon témoignage sur ce que représente cette faiblesse des fonctions exécutives dans mon quotidien : Les fonctions exécutives sont un problème trop souvent minoré dans l’autisme (notamment en terme organisationnel, flexibilité cognitive et trouble de l’attention). Un des ressorts de cette minoration est sans doute que dans l’imaginaire social, la personne autiste remarque un couteau déplacé sur une pièce de 100m². C’est fort possible que cela soit vrai, mais ça ne signifie pas pour autant que la personne autiste soit un maniaque de la propreté.
Beaucoup de personnes autistes que je connais, si elles n’étaient pas en famille ou aidés, ne pourraient plus remarquer ce couteau tant leur lieu de vie deviendrait un bazar sans nom. Pour élaborer un plan, une action administrative, une formation, une rendez-vous, entre l’initiation, la décomposition en sous-tâches, le dépassement des angoisses, certains mettent un mois à réaliser ce pour quoi ils se sont préparés. Hélas, souvent l’échéance a déjà sonné…
Le cadre ritualisé qui est si souvent évoqué est une échappatoire à des situations nouvelles qui demande une action prompte. Cette altération est plus problématique que son pendant social qui finalement pourrait être compensé beaucoup plus simplement. Il est possible de vivre sans trop de sociabilité et ne pas en souffrir quand l’appétence sociale est faible. Il est plus complexe de ne pas souffrir de ce manque d’organisation qui peut vous exclure du monde professionnel, des besoins administratifs

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Il n’y a pas de problème, il n’y a qu’une bonne solution à trouver.

Les personnes autistes adultes de type AHN/Asperger peuvent maintenir une vie autonome du moment qu’elle est routinière et cadrée. Cependant, ils peuvent être confrontés à une situation nouvelle, imprévue, pour laquelle aucune solution automatisée et immédiate n’a été mise en place.

Ce programme que je vais proposer est inspiré d’un cours de remédiation cognitive. Je proposerai d’autres techniques de résolution ultérieurement qui seront plus orientées vers le conflit. Cette méthode est simple mais surtout doit être personnalisée, elle a pour but d’éviter la paralysie et tous les sentiments difficiles (Shutdown ou Meltdown) liés à l’angoisse de la situation anxiogène.

I) Sortir de l’attentisme

La première réaction pour une personne dans le spectre est de se sentir désemparée, de se focaliser sur des sentiments négatifs qui créent finalement une paralysie. Or en général, le problème continue d’être présent faute de réponse. Cette paralysie ne fera que renforcer un sentiment d’inefficacité, et généraliser notre incapacité à réaliser à l’imprévu, voire à les fuir (voir l’article: Sous exposition / Sur exposition : Une juste nuance à trouver)

Diagramme 1 résolution

Avant d’entrer dans une méthode de résolution à proprement parler, je souhaite vous expliciter les mécanismes qui sous-tendent l’imprévu. Quand nous produisons des actions routinières, telles que mettre ses chaussures, leur enclenchement est automatique. En psychologie,  le schéma d’action a été sélectionné, automatisé et il va piloter seul entièrement le déroulé de l’action. Il existe, malgré tout, comme dans l’attention des moyens d’inhiber les réponses automatiques. Chez les personnes Asperger, cette inhibition est souvent difficile à mettre en place. Pour celles qui conduisent, changer de parcours une fois par mois est fort difficile et demande une attention soutenue (voir article: L’attention : « Où en étions nous déjà ? »). De même, pour prendre un autre exemple, il est difficile de ne pas lire une lettre destinée à un autre qui serait ouverte face à nos yeux. Globalement notre flexibilité mentale étant moindre, il sera difficile de changer de comportements en fonction du contexte et des exigences, pour peu que nous les connaissions.

C’est pourquoi, contrairement à la population type, il est adapté d’utiliser des méthodes de résolutions assez figées pour éviter les écueils dus à notre fonctionnement neurologique particulier. Par ailleurs, les situations stressantes rendent l’accès aux fonctions cognitives plus difficile, c’est pourquoi une résolution formalisée permettra d’être plus objectif sur le problème.

II) une méthode de résolution de problèmes :

Voici en résumé les diverses étapes de résolution des problèmes:

Diagramm 2 résolution

Etape 1 : « Identification du problème »

C’est l’étape majeure car une mauvaise identification des données initiales ne peut que conduire à une mauvaise résolution. C’est pourquoi, il est important de la privilégier, aussi je vous conseille de commencer par :

  • une description du problème et de l’état initial (Qui est impliqué?Qu’est ce qui se passe exactement ? Est ce un réel problème?)
  • La description du but à atteindre pour que le problème soit résolu.

Il est possible de décomposer le problème, par exemple si mon but est de trouver un emploi, je peux décomposer ce problème en divers sous-groupes. Ainsi par exemple mon premier objectif pourrait être mon inscription à Pole-emploi. L’important est de réduire l’anxiété en posant visuellement le problème, ceci afin d’obtenir un état d’euthymie, en d’autre terme, être serein et donc être capable d’agir au mieux.

Etape 2 : « Brainstorming »

La recherche de toutes les solutions possibles est souvent la plus complexe car elle est souvent inhibée par nos réponses automatiques. Plus elles sont nombreuses, plus il y a de chance de résoudre le problème.

Deux écueils risquent de nous empêcher de résoudre le problème :

La mauvaise évaluation des moyens : la première consiste à mal évaluer les moyens à notre disposition ou mal comprendre une consigne : « Voici un carré de 9 points. Prenez un crayon. Vous devez joindre tous ces points en dessinant 4 lignes droites sans lever le crayon ».


Typiquement les premiers tests consisteront à joindre les points entre eux à l’aide de segment qui ne débordent pas le carré. Si par joindre les points nous ne comprenons que cette technique, c’est à dire construire des segments limités au carré, jamais nous ne trouverons la solution. Si par contre nous envisageons l’énoncé autrement et donc les solutions, il est possible de trouver une solution comme celle ci-dessous :

On peut dire aussi que c’est à la fois un problème d’évaluation de la consigne, mais aussi un problème d’inhibition d’une solution possible car elle nous paraît d’emblée incohérente. D’où l’idée d’évoquer les solutions les plus excentriques quitte à les rejeter en étape 3.

De même, le second problème est l’inhibition liée à l’objectif secondaire, par exemple si je souhaite trouver un emploi et que je place m’inscrire à pole-emploi comme sous-objectif, je pourrais inhiber toutes les autres solutions.

Étape 3: Évaluation des solutions et choix

Il faut classer la méthode en fonction de ses avantages et de ses inconvénients. La méthode choisie doit correspondre aux contraintes évaluées dans la première étape. Nous devons aussi estimer la solution en fonction de sa probabilité de résoudre le conflit, de réduire l’anxiété et d’apporter du réconfort. Ensuite, les paramètres des efforts nécessaires et l’effet à long-terme sont à prendre en compte. Il est possible de pondérer les divers éléments pour noter cette solution de 0 à 10. Ensuite vous devez sélectionner la solution qui a le meilleur ratio.

Par exemple : une personne n’est pas d’accord avec moi sur internet et commence à s’opposer  à moi. La bloquer pourrait être une option simple, peu coûteuse, qui réduirait rapidement mon anxiété. Toutefois à long-terme agir ainsi, pourrait m’être préjudiciable et peut-être n’augmenterait même pas mon réconfort, ni mon sentiment d’efficacité. En effet, à terme, il est utile de supporter l’opposition, de pouvoir argumenter et ainsi se sentir efficace, capable de supporter même la frustration de n’avoir pas réussi à convaincre son contradicteur.

Étape 4: Mise en oeuvre

Écrire la procédure d’application et mettre en œuvre la solution choisie

III) Quelques règles et applications :

La méthode peut paraître extrêmement artificielle au départ, c’est pourquoi il est utile de l’écrire afin de visualiser le chaînage. Il faut éviter de changer de solution une fois la solution choisie. La finalité de la procédure repose en 4 points :

  • Identifier le problème quand il se présente et donc réduire les pensées négatives et l’anxiété
  • Inhiber la tendance à une réponse automatique
  • Favoriser l’analyse d’un éventail de solutions possibles
  • Mettre en place une réelle procédure de résolution

De mon côté, aujourd’hui face à ce type de procédure, j’aurais tendance à ajouter une cinquième étape qui consiste à évaluer la mise en place de la solution et ainsi évaluer avec le recul si cette solution était véritablement la meilleure. Bien des avantages ou des inconvénients sont visibles qu’une fois la solution mise en place. Ainsi, si je dois me rendre à Paris, j’ai alors le choix entre le train et la voiture. Aussi, il est toujours utile d’avoir un cahier pour noter ses impressions et revoir son tableau d’évaluation en fonction de la réalité. Il est même possible de tester sans enjeu, l’aller/retour en voiture pour évaluer cette solution.

Face à l’imprévu si anxiogène pour nous, à l’instar des exercices de procédure en cas d’incendie, il est possible de travailler des problèmes absents actuellement mais qui risqueraient de nous demander trop de fonctions cognitives dans le futur. Par exemple les situations «  je me fais agresser dans la rue, comment dois-je réagir ? » et « Si une personne est harcelée dans le métro quelle est ma réaction? » sont des problèmes où la sidération pourrait nous paralyser. Sans réflexion, nous pourrions regretter nos réactions. Avec une procédure déjà formalisée en tête, nous pourrions agir au mieux et réduire le stress si une telle situation survenait. Attention toutefois à ne pas tomber dans l’anticipation anxieuse de tous les problèmes potentiels.

Ceci est une proposition pour réagir au mieux face aux nombreux problèmes qui nous assaillent. Cette méthode n’entend pas être un miracle qui permettra de répondre simplement à tous les problèmes donnés.

Ps:  Je me permets aussi d’évoquer le triptyque de sujets qui actuellement sont en maturation (le diagnostic, démarche et soutien), la planification, des fiches d’habiletés sociales. N’hésitez pas à me contacter directement via Facebook ou en commentaire si un des sujets vous semble plus pertinent ou urgent à traiter.

La page facebook du blog se trouve ici
https://www.facebook.com/Aspieconseil/?fref=ts

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L’attention : « Où en étions nous déjà ? »

Préambule : Non pas cher public que je vous avais oublié, mais en vérité, mes pensées obsessionnelles m’empêchaient de sortir de ma torpeur. Je m’étais même dit que si j’arrivais à m’en libérer j’écrirai sur le sujet. Vaine promesse puisque finalement aujourd’hui c’est l’attention qui va requérir toute ma concentration, si je puis dire…

Parmi les fonctions cognitives, les processus attentionnels sont parmi les plus importants. Ils nous permettent de réaliser une tâche, de suivre une conversation, de mémoriser des informations et même de réaliser un choix. Pour faire simple, ce sont toutes ces pratiques qui ne sont guère simples que l’on ait un trouble de l’attention en plus ou simplement que nous soyons dans le trouble du spectre autistique sans comorbidité associée.


Après une définition des concepts liés aux processus attentionnels, j’aborderai deux solutions pour accroître son attention : d’abord la réduction des distracteurs et enfin quelques stratégies attentionnelles pour palier le manque d’efficacité.

I) Les processus attentionnels (définitions)

« L’attention permet à l’individu de diriger ses actions sur des objets spécifiques en des endroits sélectionnés, et de maintenir certaines informations ou certains objets à un haut niveau de traitement, dans la mémoire de travail, ou encore dans la conscience » (E. Siéroff, 2002)  

En neuropsychologie, l’attention ne constitue pas une fonction unique, voici diverses fonctions liées aux processus attentionnels: diagramme 1 attention

  • La vigilance : Capacité à maintenir un niveau attentionnel suffisant pour détecter des changements pendant une période courte et avec peu de stimuli. Celui-ci est fortement dépendant de la qualité de sommeil, de l’environnement, du stress. Par exemple un test de la Nasa a été développé pour vérifier le niveau de vigilance des astronautes.

  • L’attention sélective :Action de centrer volontairement ses mécanismes de perception sur un stimulus particulier et de traiter activement cette information en négligeant les stimuli non pertinents. C’est à mon avis un des points les plus complexes pour les TSA. En effet, il faut oublier le bruit aux alentours pour gérer uniquement les dires d’une personne. Autre exemple : voici un test pour repérer Charlie, qui reflète bien ce qu’est l’attention sélective :
    Où est Charlie?

    Les principes d’attention sélectives se déroulent comme suit:
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    Le fait d’ignorer les informations non pertinentes est l’inhibition, celle-ci est réalisée par le cortex frontal. L’inhibition est partielle, l’effet « cocktail party » le démontre. Ainsi dans une soirée, si vous vous focalisez sur une personne, vous n’écouterez pas les autres, pourtant si votre nom est prononcé un peu plus loin votre système sera alerté et vous vous retournerez. Exemple d’attention sélective nécessitant une inhibition : nommez les couleurs des mots en inhibant ce qui est écrit (effet Stroop) :
    stroop

  • L’attention partagée: Capacité de traiter simultanément plusieurs catégories d’informations pertinentes, par exemple lire des informations au tableau en écoutant le professeur, et prendre des notes. Il faut donc être capable de partager les ressources cognitives entre plusieurs sources, et finalement là encore d’inhiber une grande partie des informations ce qui peut être complexe à cause de notre pensée en détail. On pourrait imaginer un exercice du type, vous allez compter le nombre de fois où la personne dit un mot « chien » tout en rangeant des cartes par couleur (pique, cœur, carreau, trèfle). Dans cette expérience,  il s’agirait plus d’une attention divisée c’est à dire un partage cognitif entre deux tâches.
  • L’attention soutenue : Habileté à maintenir un niveau attentionnel suffisant pendant des périodes prolongées. Par rapport à la vigilance c’est une attention plus longue avec un flux d’information rapide et continu. Ici une vidéo vous permettant de mieux comprendre la notion, il faut taper sur espace si le nombre est supérieur à 3 et ne rien faire sinon. Ce genre de test est beaucoup utilisé pour démontrer les troubles de l’attention, j’ai d’ailleurs effectué une passation similaire lors de mon diagnostic
    https://www.youtube.com/watch?v=gCrB3l_ffpU

II) Réduire les distracteurs pour augmenter l’attention:

Si dans mon tout premier article de blog, je vantais l’idée d’exposition, face à une tâche difficile, réduire les distracteurs est le meilleur moyen de la mener à bien.

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Voici une liste non exhaustive de distracteurs « externes » :

  • distracteur auditif : N’hésitez pas à réduire tous les bruits, mettre un casque au besoin ; évitez les environnements riches en stimulation auditive. Il est normal même pour une personne non autiste de ne pouvoir se concentrer dans un métro.
  • distracteur visuel : Même si je ne réalise pas cette tâche en général, retirez les objets non pertinents de votre bureau. L’inhibition des informations non pertinentes est coûteuse, autant ne l’exploiter que quand elle est indispensable. De même au besoin, baissez vos stores, asseyez vous devant la tâche, faîtes un plan de travail dédié.

Les distracteurs internes sont ceux inhérents à votre fonctionnement, je vais en développer quelques uns :

  • Les émotions fortes, qu’elles soient négatives (tristesse, colère, anxiété) ou positives (euphorie, excitation) : elles sont préjudiciables à la fois à la concentration et à la mémorisation. En pareil cas utilisez au besoin des techniques de relaxation ou différez la tâche à accomplir. exemple de relaxation guidée (Schulz et Jacobson) Relaxation (lien)

  • Les pensées obsessionnelles : Autant le dire je parle sur un terrain connu, il est parfois possible de défocaliser les pensées automatiques pour les recentrer vers des pensées positives ou neutres. Nous verrons dans un article comment réaliser cette tâche. Une pensée négative habituelle pourrait être  « de toute façon je n’arrive jamais à me concentrer et les autres font en 10 minutes ce que je produis en une heure »

  • Transition parfaite : Apprenez à accepter votre fonctionnement. Vous êtes asperger, TDA, personne typique, chacun a un rythme différent, chacun a droit à l’erreur. Une généralisation excessive de vos échecs ne pourra qu’amplifier le problème. A l’heure où la société se normalise de plus en plus, où le rendement est mis en exergue, il est parfois difficile d’adopter pareille conduite. Mais pourtant c’est la seule qui peut vous permettre de progresser.


III) Stratégies attentionnelles

Les stratégies attentionnelles sont de divers ordres. En fait l’idée c’est qu’il y a une infinité de données autour de nous. Il faut les inhiber, mais si vous me donnez une image sur laquelle vous allez m’interroger, je ne sais quelles données sont à retenir. Il est important d’effectuer alors des stratégies (comptage d’objets, balayage de haut en bas etc). 

Voici quelques stratégies globales pour être plus efficace :

  1. S’accorder un délai préalable pour effectuer une tâche
  2. Établir un plan d’action préalable
  3. Établir des périodes de repos (5minutes toutes les 20 minutes par exemple), des études ont permis de démontrer que l’arrêt « stop & think » diminuait de 35% les erreurs dans le cadre du TDAH (Mainly 2002). Dans l’étude il s’agissait de signaux aléatoire d’arrêt.
  4. Avoir un carnet toujours près de soi pour prendre des notes au fur et à mesure de vos pensées
  5. Utiliser un timer et/ou une alarme, l’alarme peut servir de rappel de la tâche quand la distraction est forte
  6. Réduire les distracteurs (voir partie précédente)
  7. Avoir une bonne hygiène de vie (« un esprit sain dans un corps sain. »)

Une rééducation de l’attention existe via une remédiation cognitive, par exemple à l’instar de l’exposition, il est possible d’apprendre à inhiber certaines informations. A une tâche donnée, peu à peu des distracteurs sont ajoutés, selon le principe d’exposition graduelle( Sous exposition / Sur exposition). Un autre moyen de développer son attention est d’utiliser les logiciels du marché, par exemple l’entraînement cérébral du Dr Kawashima. Mais les données en terme de progression du QI démontrent l’inefficacité d’un tel programme pour l’augmentation du QI, je ne crois pas que des études existent pour l’attention.

En conclusion:  Si je puis dire, je ne sais si vous aurez été attentif jusqu’au bout de cet exposé, il n’entend pas être exhaustif sur tous les processus attentionnels. Il n’est qu’une vulgarisation (parfois sans doute abusive) de ma compréhension et des divers exposés lus sur le sujet. N’hésitez pas à commenter, critiquer objectivement, et à me proposer d’autres sujets si vous le désirez. D’ailleurs en 3h j’avais tout écrit en un seul jet, comme quoi la procrastination et l’attention se réduisent quand le sujet vous intéresse.

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