Fonctions exécutives Asperger

L’attention : « Où en étions nous déjà ? »

Préambule : Non pas cher public que je vous avais oublié, mais en vérité, mes pensées obsessionnelles m’empêchaient de sortir de ma torpeur. Je m’étais même dit que si j’arrivais à m’en libérer j’écrirai sur le sujet. Vaine promesse puisque finalement aujourd’hui c’est l’attention qui va requérir toute ma concentration, si je puis dire…

Parmi les fonctions cognitives, les processus attentionnels sont parmi les plus importants. Ils nous permettent de réaliser une tâche, de suivre une conversation, de mémoriser des informations et même de réaliser un choix. Pour faire simple, ce sont toutes ces pratiques qui ne sont guère simples que l’on ait un trouble de l’attention en plus ou simplement que nous soyons dans le trouble du spectre autistique sans comorbidité associée.


Après une définition des concepts liés aux processus attentionnels, j’aborderai deux solutions pour accroître son attention : d’abord la réduction des distracteurs et enfin quelques stratégies attentionnelles pour palier le manque d’efficacité.

I) Les processus attentionnels (définitions)

« L’attention permet à l’individu de diriger ses actions sur des objets spécifiques en des endroits sélectionnés, et de maintenir certaines informations ou certains objets à un haut niveau de traitement, dans la mémoire de travail, ou encore dans la conscience » (E. Siéroff, 2002)  

En neuropsychologie, l’attention ne constitue pas une fonction unique, voici diverses fonctions liées aux processus attentionnels: diagramme 1 attention

  • La vigilance : Capacité à maintenir un niveau attentionnel suffisant pour détecter des changements pendant une période courte et avec peu de stimuli. Celui-ci est fortement dépendant de la qualité de sommeil, de l’environnement, du stress. Par exemple un test de la Nasa a été développé pour vérifier le niveau de vigilance des astronautes.

  • L’attention sélective :Action de centrer volontairement ses mécanismes de perception sur un stimulus particulier et de traiter activement cette information en négligeant les stimuli non pertinents. C’est à mon avis un des points les plus complexes pour les TSA. En effet, il faut oublier le bruit aux alentours pour gérer uniquement les dires d’une personne. Autre exemple : voici un test pour repérer Charlie, qui reflète bien ce qu’est l’attention sélective :
    Où est Charlie?

    Les principes d’attention sélectives se déroulent comme suit:
    diagramme 2 attention.jpg

    Le fait d’ignorer les informations non pertinentes est l’inhibition, celle-ci est réalisée par le cortex frontal. L’inhibition est partielle, l’effet « cocktail party » le démontre. Ainsi dans une soirée, si vous vous focalisez sur une personne, vous n’écouterez pas les autres, pourtant si votre nom est prononcé un peu plus loin votre système sera alerté et vous vous retournerez. Exemple d’attention sélective nécessitant une inhibition : nommez les couleurs des mots en inhibant ce qui est écrit (effet Stroop) :
    stroop

  • L’attention partagée: Capacité de traiter simultanément plusieurs catégories d’informations pertinentes, par exemple lire des informations au tableau en écoutant le professeur, et prendre des notes. Il faut donc être capable de partager les ressources cognitives entre plusieurs sources, et finalement là encore d’inhiber une grande partie des informations ce qui peut être complexe à cause de notre pensée en détail. On pourrait imaginer un exercice du type, vous allez compter le nombre de fois où la personne dit un mot « chien » tout en rangeant des cartes par couleur (pique, cœur, carreau, trèfle). Dans cette expérience,  il s’agirait plus d’une attention divisée c’est à dire un partage cognitif entre deux tâches.
  • L’attention soutenue : Habileté à maintenir un niveau attentionnel suffisant pendant des périodes prolongées. Par rapport à la vigilance c’est une attention plus longue avec un flux d’information rapide et continu. Ici une vidéo vous permettant de mieux comprendre la notion, il faut taper sur espace si le nombre est supérieur à 3 et ne rien faire sinon. Ce genre de test est beaucoup utilisé pour démontrer les troubles de l’attention, j’ai d’ailleurs effectué une passation similaire lors de mon diagnostic
    https://www.youtube.com/watch?v=gCrB3l_ffpU

II) Réduire les distracteurs pour augmenter l’attention:

Si dans mon tout premier article de blog, je vantais l’idée d’exposition, face à une tâche difficile, réduire les distracteurs est le meilleur moyen de la mener à bien.

diagramme 3 attention

Voici une liste non exhaustive de distracteurs « externes » :

  • distracteur auditif : N’hésitez pas à réduire tous les bruits, mettre un casque au besoin ; évitez les environnements riches en stimulation auditive. Il est normal même pour une personne non autiste de ne pouvoir se concentrer dans un métro.
  • distracteur visuel : Même si je ne réalise pas cette tâche en général, retirez les objets non pertinents de votre bureau. L’inhibition des informations non pertinentes est coûteuse, autant ne l’exploiter que quand elle est indispensable. De même au besoin, baissez vos stores, asseyez vous devant la tâche, faîtes un plan de travail dédié.

Les distracteurs internes sont ceux inhérents à votre fonctionnement, je vais en développer quelques uns :

  • Les émotions fortes, qu’elles soient négatives (tristesse, colère, anxiété) ou positives (euphorie, excitation) : elles sont préjudiciables à la fois à la concentration et à la mémorisation. En pareil cas utilisez au besoin des techniques de relaxation ou différez la tâche à accomplir. exemple de relaxation guidée (Schulz et Jacobson) Relaxation (lien)

  • Les pensées obsessionnelles : Autant le dire je parle sur un terrain connu, il est parfois possible de défocaliser les pensées automatiques pour les recentrer vers des pensées positives ou neutres. Nous verrons dans un article comment réaliser cette tâche. Une pensée négative habituelle pourrait être  « de toute façon je n’arrive jamais à me concentrer et les autres font en 10 minutes ce que je produis en une heure »

  • Transition parfaite : Apprenez à accepter votre fonctionnement. Vous êtes asperger, TDA, personne typique, chacun a un rythme différent, chacun a droit à l’erreur. Une généralisation excessive de vos échecs ne pourra qu’amplifier le problème. A l’heure où la société se normalise de plus en plus, où le rendement est mis en exergue, il est parfois difficile d’adopter pareille conduite. Mais pourtant c’est la seule qui peut vous permettre de progresser.


III) Stratégies attentionnelles

Les stratégies attentionnelles sont de divers ordres. En fait l’idée c’est qu’il y a une infinité de données autour de nous. Il faut les inhiber, mais si vous me donnez une image sur laquelle vous allez m’interroger, je ne sais quelles données sont à retenir. Il est important d’effectuer alors des stratégies (comptage d’objets, balayage de haut en bas etc). 

Voici quelques stratégies globales pour être plus efficace :

  1. S’accorder un délai préalable pour effectuer une tâche
  2. Établir un plan d’action préalable
  3. Établir des périodes de repos (5minutes toutes les 20 minutes par exemple), des études ont permis de démontrer que l’arrêt « stop & think » diminuait de 35% les erreurs dans le cadre du TDAH (Mainly 2002). Dans l’étude il s’agissait de signaux aléatoire d’arrêt.
  4. Avoir un carnet toujours près de soi pour prendre des notes au fur et à mesure de vos pensées
  5. Utiliser un timer et/ou une alarme, l’alarme peut servir de rappel de la tâche quand la distraction est forte
  6. Réduire les distracteurs (voir partie précédente)
  7. Avoir une bonne hygiène de vie (« un esprit sain dans un corps sain. »)

Une rééducation de l’attention existe via une remédiation cognitive, par exemple à l’instar de l’exposition, il est possible d’apprendre à inhiber certaines informations. A une tâche donnée, peu à peu des distracteurs sont ajoutés, selon le principe d’exposition graduelle( Sous exposition / Sur exposition). Un autre moyen de développer son attention est d’utiliser les logiciels du marché, par exemple l’entraînement cérébral du Dr Kawashima. Mais les données en terme de progression du QI démontrent l’inefficacité d’un tel programme pour l’augmentation du QI, je ne crois pas que des études existent pour l’attention.

En conclusion:  Si je puis dire, je ne sais si vous aurez été attentif jusqu’au bout de cet exposé, il n’entend pas être exhaustif sur tous les processus attentionnels. Il n’est qu’une vulgarisation (parfois sans doute abusive) de ma compréhension et des divers exposés lus sur le sujet. N’hésitez pas à commenter, critiquer objectivement, et à me proposer d’autres sujets si vous le désirez. D’ailleurs en 3h j’avais tout écrit en un seul jet, comme quoi la procrastination et l’attention se réduisent quand le sujet vous intéresse.

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