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Pourquoi l’inclusion (scolaire)? (partie 1)

Voilà plusieurs semaines que Phantom (Comprendrelautisme) et moi-même réfléchissions à un article sur l’inclusion. En cette date d’anniversaire de la loi 2005, fêtons dignement cette loi en proposant trois articles sur ce sujet.

Difficile de parler d’inclusion, tant ce mot est utilisé, tant ce mot est galvaudé, tant il est de moins en moins signifiant.  Mais pour avoir co-organisé une table ronde sur ce sujet, je tenais à l’aborder sous différents angles.

Ce premier article évoque les raisons de l’inclusion (Pourquoi?) un deuxième qui s’attachera à décrire comment les concernés vivent l’inclusion (avec qui?) et enfin un troisième qui donnera des pistes pour pratiquer cette inclusion (comment?), ce fameux en triptyque.

Pourquoi l’inclusion

Drôle de phrase pour initier cet article, j’aurais tendance en premier lieu à dire parce que c’est la loi, rappelons la : « « A cette fin, l’action poursuivie vise à assurer l’accès de l’enfant, de l’adolescent ou de l’adulte handicapé aux institutions ouvertes à l’ensemble de la population et son maintien dans un cadre ordinaire de scolarité, de travail et de vie. Elle garantit l’accompagnement et le soutien des familles et des proches des personnes handicapées. »[1]

Mais la loi a-t-elle offert un changement de société ? évidemment non et l’opinion publique à cet égard souligne la difficulté d’accepter certains handicaps dans l’école.[2] Ce sujet ne va donc pas tendre à fonder un rappel de loi, ni même à évoquer les moyens de scolariser un enfant autiste mais souligner que l’inclusion des personnes en situation de handicap est à la fois un devoir légal, moral mais aussi une richesse offerte à la société.

I) Quelques définitions:

 

Plutôt que reprendre les définitions disponibles du handicap, je tiens à rappeler deux choses:

  • La sémantique qui fait passer de « personne handicapée » à « personne à besoins particuliers » n’est pas une novlangue, ou l’expression d’un politiquement correct. Elle rappelle que ce n’est pas à la personne en situation de handicap de s’adapter, mais bien à la société que revient la charge de l’adaptation.
  • Le handicap est lié à un contexte, bien entendu je connais des personnes autistes sévères ou des personnes ayant eu un AVC important qui auraient besoin d’aides quelle que soit la société. Toutefois, il n’empêche que le handicap s’inscrit dans un contexte précis, fruit d’une interaction entre la personne et son environnement.  Prenons un exemple grossier, être aveugle dans un monde sans lumière, n’est plus un handicap. Cet exemple bien sûr irréel souligne que le contexte reste un facteur majeur et certains handicaps dans des situations bien précises n’engendreraient plus de conséquences négatives

Avant de définir l’inclusion, rappelons ce qu’elle n’est pas:

  • Une fin en soi : l’inclusion est un processus qui se travaille dans le temps
  • Des temps dédiés d’inclusion « hors des murs » pour justifier la mixité avec de rares temps réellement inclusifs
  • Un public catégorisé au sein d’un établissement
  • Des adaptations où la personne n’a aucune autodétermination

L’inclusion est à la fois des principes qui doivent être mis en lien mais aussi des actions sociétales comme nous le voyons dans le schéma suivant :

inclusion1

Qu’est-ce que l’inclusion pour moi? Dernièrement j’ai eu à me prêter à une définition courte, c’est acter que sans prérequis, tout ce qui est potentiellement accessible pour la personne valide le devienne pour la personne handicapée.  Bien sûr, il peut y avoir des limitations physiques, mais là encore c’est déjà s’inscrire dans le processus d’accessibilité et d’adaptation.

L’inclusion contrairement à ce qui est toujours évoqué dans nos médias n’est donc pas limitée ni à l’inclusion scolaire, ni aux enfants, elle concerne tout et tous:

inclusion2

Avant, en conférence, je perdais mon auditoire en disant  » Demain un AVC peut vous conduire dans le monde du handicap, alors le regard sur l’inclusion changera et vous serez ravis qu’elle existe ». Aujourd’hui que mon père a connu ça dernièrement, je ne change pas d’avis et confirme, le monde du handicap quel que soit l’âge, le diagnostic est un parcours difficile, non pas tant à cause du handicap mais par les « à-côtés ».

Toutefois ici, je me concentrerai sur le scolaire, pas pour une question de longueur, mais l »inclusion dès le plus jeune âge engendre une exposition précoce aux personnes handicapées. Les enfants qui auront eu l’habitude de côtoyer des personnes avec différents handicaps seront à même de participer à l’inclusion adulte. C’est ici que tout commence, si l’inclusion scolaire ne se fait pas, alors le reste non plus.

En attendant  voici un panorama non exhaustif de la scolarité des personnes en situation de handicap :

inclusion 3

II) Des obstacles à l’inclusion aux réponses des modèles de l’étranger

La peur du handicap :

Très souvent il y a beaucoup de méconnaissance et je vous invite à lire mes articles sur l’autisme ou le trouble oppositionnel avec provocation:
cartographier l’autisme
Le trouble oppositionnel

La première peur est le manque flagrant de formation tant des AESH, c’est-à-dire des accompagnants de l’enfant handicapé, que des professeurs. Les AESH ont d’ailleurs un statut toujours autant précaire, qui ne facilite ni le recrutement, ni l’expérience, ni le maintien pour des enfants qui ont besoin de repères. Aussi avec un autisme protéiforme qui demande des réponses adaptées à la personne, difficile de donner une formation de solutions toutes faites.  Par exemple quand un enfant se tape ou donne un coup, il peut le faire pour diverses fonctions/causes :

https://atomic-temporary-121982848.wpcomstaging.com/2019/02/23/comprendre-un-comportement/

Dès lors la peur finit par tourner entre un mélange de diagnostics, de symptomatologies et de termes dévalorisants qui réduisent la personne autiste à ses difficultés et imputent la faute aussi bien à la personne qu’aux parents.

bd Jack Koch

L’existant et les faibles moyens donnés pour l’inclusion :

Face à cela, souvent l’éducation nationale a une volonté de mettre l’enfant dans un IME où il sera mieux avec ses pairs. Or, cela se fait au mépris de toutes les études qui démontrent que l’effet mimétique aide à l’acquisition des apprentissages (aussi bien sociaux que scolaires). D’autant plus que dans certains IME, la scolarisation est partielle ou inexistante, sans objectif, ne faisant même pas l’objet d’un plan de scolarisation.

Ce problème n’est pas qu’imputable aux IME mais bien encore une fois à ce manque de moyens. Des stratégies autisme de plus en plus diluées entre tous les troubles neuro-développementaux, des filières spécifiques sans budget (UEEA) ou d’un transfert du médico-social vers l’éducatif qui parait non seulement insuffisant mais incapable de donner des moyens au public des IME.

inclusion6

 

Quelques obstacles récurrents à la scolarisation  dans l’existant:

inclusion10

 

Et en EUROPE ?

A cela, je citerai l’Italie qui n’est pas parfaite en matière de scolarisation mais qui a au moins le mérite de démontrer que oui c’est possible de scolariser toutes les personnes en situation de handicap

inclusion italie

 

J’ai ajouté la partie « fermeture des hôpitaux psychiatriques » pour souligner que c’est bien un changement sociétal profond qui conduit à cette inclusion dans la société

III) Les avantages d’une scolarisation

Pour les autres enfants non autistes :

  • Etude de David Mandell : « Selon les conclusions préliminaires de 71 enfants d’âge préscolaire, les enfants les plus atteints de troubles cognitifs – ceux avec des scores inférieurs à 47,3 à l’évaluation de la Mullen Scales – ont amélioré leurs scores avec la marge la plus élevée lorsqu’ils étaient placés dans une classe ordinaire. Les enfants placés dans des classes spécialisées dans l’autisme ou dans des classes d’éducation spéciale en général ne se sont pas améliorés. (Source Comprendrelautisme.com Spectrum news)
  • l’absence d’effet négatif pour une classe lors de la présence d’un enfant en situation de handicap : Demeris, H., Childs, R. A., & Jordan, A. (2007)). Cela signifie que contrairement à ce qui est souvent argué, les personnes en situation de handicap ne retardent pas la classe. Il y a même un léger effet positif pour 3 personnes en situation de handicap dans une même classe.

Cette petite planche montre que l’autisme permet à beaucoup d’enfants typiques non seulement d’être exposés aux personnes handicapées mais de pouvoir se responsabiliser envers eux. Finalement contrairement à ce que prétendent certains, l’inclusion n’est que rarement un problème pour les enfants:

 

Aux Etats-Unis le tutorat a été développé, d’ailleurs ce mooc en anglais permet de travailler sur ce concept :
https://afirm.fpg.unc.edu/peer-mediated-instruction-and-intervention

Pour les parents

L’inclusion est bénéfique pour les proches voici deux planches issues de situations réelles vécues par des amies :

aidants1aidants3

 

Les études le montrent, les parents d’enfant en situation de handicap sont soumis à un stress bien supérieur aux parents d’enfants typiques. Plusieurs paramètres entrent en jeu, bien entendu le paramètre des difficultés inhérentes au handicap n’est pas à minorer, mais bien souvent  les devoirs administratifs, scolaires et de santé sont très difficiles à gérer pour les parents.

J’avais repris cette image du nombre de cuillères qui correspondent à l’énergie pour chaque tâche, cela avait pour but de souligner le quotidien des parents :

cuillères parents

En favorisant une bonne scolarisation avec des temps de scolarisation convenables les parents peuvent de nouveau, s’ils le souhaitent, pouvoir s’épanouir dans leur travail. Parfois des temps de 1h par semaine et souvent des temps de 6h sont proposés par semaine (AVS-m 50% des notifications). Ces temps réduits, avec un enfant exclu des écoles sans AESH obligent bien des parents, et pour tout dire, des mères à ne plus travailler(44% des personnes déclarent avoir du mal à concilier aidance et vie professionnelle, 8/10 des aidants sont des femmes). Outre l’impact économique et sociétal, c’est bien souvent une vie stressante, où le parent n’est plus que l’aidant de son enfant, avec bien entendu des risques plus grands de séparation et de stress.

Pour le professeur :

Beaucoup de choses mises en place pour les enfants autistes sont utilisables et universels pour tous  les enfants qui grâce à cela vont bénéficier d’une approche comportementale et structurelle éprouvées et pensées pour tous les enfants. Parfois l’éducation nationale semble réticente à cause de la notion d’égalitarisme soulignée dans le travail suivant:

En France particulièrement, la notion d’« individualisation » des apprentissages se heurte à l’idée de justice scolaire et d’égalité de traitement des élèves, pour lesquelles « les apprentissages se font dans et par le groupe » (Armand, 2011). (…)
En étudiant les enfants avec des troubles du comportement en maternelle, Gasparini (2018) repère trois tensions plaçant les enseignant.e.s face à des dilemmes professionnels à résoudre : d’abord les enfants avec des troubles du comportement viennent heurter l’idéal scolaire reposant sur « un ascétisme corporel individuel (…) » Ensuite, le principe d’égalité de tou.te.s les élèves se heurte à la nécessaire prise en compte des besoins de chaque élève. Enfn, des tensions existent entre les différentes conceptions de l’enfant par les professionnel.le.s impliqué.e.s. Pour faire face à ces épreuves, les enseignant.e.sengagent un travail systématique de normalisation des conduites scolaires puis peuvent également chercher à aménager la forme scolaire pour assouplir les règles »

Source : veille et analyse ENS lyon

Deux interviews seront disponibles et souligneront cet aspect dans l’article suivant, mais en résumé voici quelques raisons:

inclusion 9

Aujourd’hui en France, les débuts demeurent timides, mais les propos changent, et cela est indéniable. Bien souvent, l’augmentation des enfants scolarisés à besoins particuliers est un trompe-l’oeil, c’est le public déjà présent qui est reconnu comme tel et qui  grâce à cette reconnaissance bénéficie d’adaptations.  Bien entendu, il y a des progrès et certains n’auraient sans doute pas connus la maternelle. Mais il est important que le travail soit mené de façon plus importante.

Pour témoigner de ce problème, en cette fête de la loi de 2005, je me dis que pas un enfant que j’accompagne, ne sera accepté au collège, certains étant déjà déscolarisés ou en passe de l’être.  La population en établissement médico-social se maintient, la désinstitutionnalisation est donc pour l’instant un discours, pis parfois cela conduit à une réduction des moyens pour le public présent. J’ajoute à cela qu’on ne peut guère se contenter de 8000 AESH absentes, contre 11000 l’année dernière, je vous renvoie à l’excellent rapport de Toupi à ce sujet qui souligne que pour bien des élèves, une AESH absente et l’enfant est privé de scolarisation sans AESH:
Synthèse de l’enquête Toupi 2019

Enfin dernier point le milieu social reste déterminant, les personnes à besoins particuliers sont deux fois plus à être scolarisés quand ils sont issus d’un milieu très favorisé.

 

Ma seule conclusion : Inclure est un devoir sociétal et éthique qui  s’initie par notre changement de regard sur les personnes. Cela commence pourquoi pas sur nos murs facebook et finit dans nos rues, dans nos écoles, dans les médiathèques et aussi à la piscine.  Il y a peu, pendant ma table ronde sur l’inclusion, une personne s’est plainte à une autre du bruit d’un enfant autiste car elle ne pouvait se concentrer.  Si cette personne ne doit pas être exclue, cela souligne que ce n’est pas uniquement un problème d’éducation nationale, mais de regard sociétal sur les personnes.

Retrouvez mon deuxième article ici : L’inclusion par les concernés (Partie 2)

Images utilisées pour l’article:

Biographie sur le sujet :

Le site de Toupi

Une thèse de Laurie Moscillo

[1] LOI n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées 

[2] http://faire-face.fr/wp-content/uploads/2019/08/Rapport-Harris-La-scolarisation-des-enfants-en-situation-de-handicap.pdf?fbclid=IwAR0GjYv_T4XJ98awnuxc0kb5DYk18kjCRb8hVplLkwCYLvCX14uYT_eG2GI

 

Publié dans diagnostic autisme

A la recherche des comorbidités de l’autisme

Les comorbidités désignent les conditions, maladies, troubles qui sont souvent associés à une autre. En psychiatrie, on évoquera les comorbidités quand un seul trouble ne suffit pas à expliquer la symptomatologie.

Trop souvent, en France et même à l’étranger, dans l’autisme, le diagnostic est posé comme unique réponse à des spécificités, difficultés éparses. Or, bien identifier les comorbidités, c’est changer son approche pour travailler aussi à des comorbidités spécifiques ou prévoir des traitements dédiés. Certains documents sont issus de la formation que j’ai donnée auprès d’un sessad, n’hésitez pas à commenter si certaines parties vous paraissent plus complexes qu’à l’accoutumée.

En première partie, j’évoquerai les comorbidités fréquentes dans l’autisme, dans une deuxième partie, pourquoi elles sont sous-diagnostiquées et enfin nous verrons surtout comment poser un diagnostic.

Ps: Toutes les images peuvent être agrandies sur simple clic ou à la fin de l’article

I) L’autisme et ses comorbidités :

Rappelez-vous, dans un  sujet, j’avais évoqué la diversité des difficultés dans l’autisme et la faible prise en compte de celles-ci :
comorbidité1.png
J’avais alors invité à évaluer l’évaluation et le soutien nécessaire :

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Que cela soit dans l’autisme Asperger selon l’ancienne classification ou dans l’autisme plus sévère, les comorbidités sont nombreuses dans l’autisme et doivent être explorées :

comorbidités3.png

Ce tableau, qui n’est pas du tout complet, n’évoque que les comorbidités psychiatriques au sens large. Les femmes auront tendance à avoir  des comorbidités psychiatriques plus internalisées (anxiété, trouble du comportement alimentaire, dépression lien vers l’étude). Les hommes eux seront plus touchés par des comorbidités psychiatriques plus externalisés TDAH, TOP, TOC (lien vers l’étude). Une comorbidité internalisée influence les valeurs, le système de fonctionnement interne de la personne, tandis qu’une comorbidité externalisée aura des conséquences sur son environnement.
Dernièrement, un psychiatre semblait souligner dans une vidéo que les comorbidités notamment autour du TDAH réduisaient la pertinence de poser un diagnostic d’autisme, et du coup remettait en question même la définition de l’autisme. Il est vrai qu’un empilement de diagnostics pourrait le laisser entendre :

Comorbidité4.png

Sans aller jusque-là, il me semble très important d’évaluer de façon scrupuleuse au moment du diagnostic. Pourquoi évaluer les comorbidités ?

Quelques exemples de comorbidités relevées dans une étude, j’en propose une qui différencie homme/femme, mais dans tous les cas à cause des difficultés à poser un diagnostic comorbide, les chiffres passent du simple au double selon les études :

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II ) De la difficulté à évaluer les comorbidités

De mon point de vue, toute procédure diagnostique devrait suivre au minimum chacun de ces points :

comorbidité7

Sur cet article, nous nous limiterons à la première partie et surtout aux freins à une bonne évaluation des comorbidités. Les freins sont multiples:

  1.  D’abord certaines comorbidités ne sont pas permises ou n’existent que depuis le DSM-5, ainsi dans le DSM-4 , il était interdit de poser un TDAH si l’autisme était déjà diagnostiqué (et inversement).
  2. L’overlap ou chevauchement symptomatologique rend difficile la pose d’un diagnostic, il est difficile d’attribuer un trouble de l’attention à un problème de distracteurs sensoriels, de manque d’inhibition, de problèmes de mémoire de travail

Prenons deux troubles, par exemple autisme et TDAH (trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité):

comorbidité8

Tout ce qui est bleu représente la symptomatologie uniquement associée à l’autisme (par exemple trouble de la communication sociale, comportements restreints), le rouge serait le TDAH, et le central serait la symptomatologie qu’on retrouve dans les deux. Si la comorbidité n’a pas été posée, on a expliqué le bleu et le violet central (mais sans en expliquer l’intensité) et pour toute la partie rouge, les professionnels diront que ça fait partie de la variabilité de l’autisme.

Mais quel est donc le problème avec l’overlap ? Environ un tiers des personnes autistes rencontreraient toute la symptomatologie pour le TDAH (Leyfer et al. 2006), mais certaines études évoquent jusqu’à 70% si on prend des symptomatologies partielles. De la même façon, je le disais dans mon livre (Guide de survie de la personne autiste), je suis en dépression depuis ma naissance si j’en crois la symptomatologie. Derrière cet humour, j’évoque la difficulté de dissocier l’anxiété, la dépression ou les troubles de l’attention de l’autisme. Ceci n’est d’ailleurs pas vrai uniquement pour l’autisme, car une difficulté supplémentaire vient du fait que les systèmes sont bien souvent imbriqués :

comorbidité9
Le schéma n’est pas joli, mais il est corroboré par l’analyse très pertinente de Michèle Mazeau et souligne le caractère imbriqué de toutes les thématiques et la difficulté d’imputer une problématique à un diagnostic. Pour aller plus loin : Les fonctions exécutives

                3. Certains tests cliniques ne soulignent pas les difficultés symptomatologiques car ils sont trop éloignés du quotidien de la personne (trop peu écologiques), ou d’autres difficultés vont masquer les problématiques
Pour cela je me dois de définir deux choses, le test écologique, du test crayon-papier :
Le test crayon-papier offre un regard clinique sur la capacité à réaliser une tâche. Ils sont organisés dans un contexte clinique souvent absent des contraintes liées à la vie quotidienne et donc peuvent être inefficaces pour souligner des problématiques inhérentes aux conditions réelles
Le test écologique permettra d’évaluer dans les conditions de la vie quotidienne, la réalisation d’une tâche. L’évaluation écologique repose donc sur l’observation de la personne lors d’une mise en situation, dans un cadre qui peut être celui de la personne ou qui constitue une activité proche de la vie réelle (lieu de vie de la personne, lieu professionnel, lieu transitoire (hôpital) ou inconnu)
Globalement, deux tests écologiques des fonctions exécutives se sont montrés plus sensibles que les tests neuropsychologiques classiques (Chevignard et al. 2000, Shallice et Burgess, 1991).

Par exemple un test écologique serait :
• Faire des courses dans le lieu autour du cabinet avec des contraintes de prix, d’attention et de lieux de rendez-vous
• La version « papier-crayon » serait de faire une liste de contraintes et de demander à la personne de créer son parcours.

Sans être quelqu’un de très doué financièrement, il est évident que la version « écologique » est nettement plus coûteuse, demande nettement plus de moyens

        4. La plupart des diagnostics sont posés trop rapidement et le flux des demandes, un personnel en nombre insuffisant, rendent difficile une bonne évaluation Dépouillement du questionnaire AspieConseil (Introduction)

III) Comment identifier les comorbidités ?

           a) Utiliser diverses sources d’observation :

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b) Plaintes, évaluations non écologiques et manque d’insight

comorbidité11.png

Pour aller plus loin :         Sous-handicap, sur-handicap, une juste nuance à trouver

       C) Mais alors quand poser un diagnostic comorbide ?

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Un article ou une formation sans trois parties est comme un diagnostic d’autisme sans comorbidité (oui bon mon humour est particulier)

Conclusion : Je n’ai pas la prétention d’avoir fait le tour de la question, mais j’espère avoir donné quelques clés pour comprendre la difficulté de poser un diagnostic comorbide et aussi son importance pour l’accompagnement des personnes autistes.
Trop de personnes autistes y compris sévères n’ont pas de diagnostic comorbide et ne peuvent donc pas bénéficier d’un accompagnement approprié. Les troubles anxieux et dépressions sont nombreux dans l’autisme plus verbal et pourtant sont rarement posés, impliquant un risque suicidaire accru faute de soins.
Comme d’habitude, si vous souhaitez réutiliser les images, merci de me contacter et n’hésitez pas à vous abonner à ma page facebook:
https://www.facebook.com/Aspieconseil/

Pour ceux qui veulent me soutenir, j’ai un leetchi au cas où, mais rien n’est obligé et le principe d’AspieConseil est de proposer du contenu gratuit:
https://www.leetchi.com/c/aspieconseil

Les images utilisées dans l’article :

Pour aller plus loin :http://www.ipubli.inserm.fr/bitstream/handle/10608/140/?sequence=9

L’excellent article Wikipedia (merci Amélie)

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Le trouble oppositionnel

J’ai voulu créer une trame globale pour aider les parents mais aussi personnes concernées à mieux gérer le trouble oppositionnel avec provocation. Bien souvent la souffrance engendrée par les nombreuses crises empêche de prendre du recul sur la situation. Tout d’abord un fichier PDF qui à mon avis est le format le meilleur :

Document PDF sur le top

Et ensuite sous forme d’article dont voici les 3 parties:

Le trouble oppositionnel avec provocation: Partie 1/3 pour les familles

Le trouble oppositionnel avec provocation: Partie 2/3 pour les personnes concernée

Le trouble oppositionnel avec provocation (3/3) Outils et témoignages

Comme vous le verrez l’article contient 34 pages, 18 images crées pour l’occasions, aussi c’est du temps, alors si le travail vous a plu, je vous propose comme stipulé en préambule un moyen de me soutenir. Tout d’abord cela me permet de maintenir le site qui coûte 100 € par an (et ainsi de retirer les publicités), ensuite de proposer du travail notamment un projet de Mooc véritablement interactif en Français à destination de tous:

https://www.leetchi.com/c/aspieconseil

Merci pour vos encouragements quels qu’ils soient. Je vous souhaite bonne lecture dans ce plan qui est un tryptique au carré (soit 9 parties).

 

 

 

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Quelques vidéos sur l’autisme

 

Depuis peu, j’ai commencé les vidéos, vous noterez que le format est toujours similaires aux articles.

J’ai décidé d’utiliser le support vidéo pour diverses raisons:

  • C’est plus simple à partager et ça demande moins de ressources
  • C’est aussi un moyen de condenser et de devoir affiner des visuels explicatifs simples mais complets

Vidéo sur l’inclusion:

 

 

Vidéo de sensibilisation sur l’identification de l’autisme:

Sources : Cartographier l’autisme en schémas pour mieux l’accompagner :

Ecran et autisme : Le point sur l’étiologie de l’autisme

Au commencement était le diagnostic (première partie)

L’autisme à l’épreuve des spécificités liées au genre

Vidéo sur la gestion de crise

Source:  Guide de survie de la personne 

Vidéo sur l’alimentation:

 

Vidéo sur le trouble oppositionnel avec provocation:

 

 

Source : https://aspieconseil.com/2018/04/09/powercards/

Pour aller plus loin :  Méthode barkley

Vidéo sur la communication dans l’autisme:

Publié dans Fonctions exécutives Asperger

L’attention : « Où en étions nous déjà ? »

Préambule : Non pas cher public que je vous avais oublié, mais en vérité, mes pensées obsessionnelles m’empêchaient de sortir de ma torpeur. Je m’étais même dit que si j’arrivais à m’en libérer j’écrirai sur le sujet. Vaine promesse puisque finalement aujourd’hui c’est l’attention qui va requérir toute ma concentration, si je puis dire…

Parmi les fonctions cognitives, les processus attentionnels sont parmi les plus importants. Ils nous permettent de réaliser une tâche, de suivre une conversation, de mémoriser des informations et même de réaliser un choix. Pour faire simple, ce sont toutes ces pratiques qui ne sont guère simples que l’on ait un trouble de l’attention en plus ou simplement que nous soyons dans le trouble du spectre autistique sans comorbidité associée.


Après une définition des concepts liés aux processus attentionnels, j’aborderai deux solutions pour accroître son attention : d’abord la réduction des distracteurs et enfin quelques stratégies attentionnelles pour palier le manque d’efficacité.

I) Les processus attentionnels (définitions)

« L’attention permet à l’individu de diriger ses actions sur des objets spécifiques en des endroits sélectionnés, et de maintenir certaines informations ou certains objets à un haut niveau de traitement, dans la mémoire de travail, ou encore dans la conscience » (E. Siéroff, 2002)  

En neuropsychologie, l’attention ne constitue pas une fonction unique, voici diverses fonctions liées aux processus attentionnels: diagramme 1 attention

  • La vigilance : Capacité à maintenir un niveau attentionnel suffisant pour détecter des changements pendant une période courte et avec peu de stimuli. Celui-ci est fortement dépendant de la qualité de sommeil, de l’environnement, du stress. Par exemple un test de la Nasa a été développé pour vérifier le niveau de vigilance des astronautes.

  • L’attention sélective :Action de centrer volontairement ses mécanismes de perception sur un stimulus particulier et de traiter activement cette information en négligeant les stimuli non pertinents. C’est à mon avis un des points les plus complexes pour les TSA. En effet, il faut oublier le bruit aux alentours pour gérer uniquement les dires d’une personne. Autre exemple : voici un test pour repérer Charlie, qui reflète bien ce qu’est l’attention sélective :
    Où est Charlie?

    Les principes d’attention sélectives se déroulent comme suit:
    diagramme 2 attention.jpg

    Le fait d’ignorer les informations non pertinentes est l’inhibition, celle-ci est réalisée par le cortex frontal. L’inhibition est partielle, l’effet « cocktail party » le démontre. Ainsi dans une soirée, si vous vous focalisez sur une personne, vous n’écouterez pas les autres, pourtant si votre nom est prononcé un peu plus loin votre système sera alerté et vous vous retournerez. Exemple d’attention sélective nécessitant une inhibition : nommez les couleurs des mots en inhibant ce qui est écrit (effet Stroop) :
    stroop

  • L’attention partagée: Capacité de traiter simultanément plusieurs catégories d’informations pertinentes, par exemple lire des informations au tableau en écoutant le professeur, et prendre des notes. Il faut donc être capable de partager les ressources cognitives entre plusieurs sources, et finalement là encore d’inhiber une grande partie des informations ce qui peut être complexe à cause de notre pensée en détail. On pourrait imaginer un exercice du type, vous allez compter le nombre de fois où la personne dit un mot « chien » tout en rangeant des cartes par couleur (pique, cœur, carreau, trèfle). Dans cette expérience,  il s’agirait plus d’une attention divisée c’est à dire un partage cognitif entre deux tâches.
  • L’attention soutenue : Habileté à maintenir un niveau attentionnel suffisant pendant des périodes prolongées. Par rapport à la vigilance c’est une attention plus longue avec un flux d’information rapide et continu. Ici une vidéo vous permettant de mieux comprendre la notion, il faut taper sur espace si le nombre est supérieur à 3 et ne rien faire sinon. Ce genre de test est beaucoup utilisé pour démontrer les troubles de l’attention, j’ai d’ailleurs effectué une passation similaire lors de mon diagnostic
    https://www.youtube.com/watch?v=gCrB3l_ffpU

II) Réduire les distracteurs pour augmenter l’attention:

Si dans mon tout premier article de blog, je vantais l’idée d’exposition, face à une tâche difficile, réduire les distracteurs est le meilleur moyen de la mener à bien.

diagramme 3 attention

Voici une liste non exhaustive de distracteurs « externes » :

  • distracteur auditif : N’hésitez pas à réduire tous les bruits, mettre un casque au besoin ; évitez les environnements riches en stimulation auditive. Il est normal même pour une personne non autiste de ne pouvoir se concentrer dans un métro.
  • distracteur visuel : Même si je ne réalise pas cette tâche en général, retirez les objets non pertinents de votre bureau. L’inhibition des informations non pertinentes est coûteuse, autant ne l’exploiter que quand elle est indispensable. De même au besoin, baissez vos stores, asseyez vous devant la tâche, faîtes un plan de travail dédié.

Les distracteurs internes sont ceux inhérents à votre fonctionnement, je vais en développer quelques uns :

  • Les émotions fortes, qu’elles soient négatives (tristesse, colère, anxiété) ou positives (euphorie, excitation) : elles sont préjudiciables à la fois à la concentration et à la mémorisation. En pareil cas utilisez au besoin des techniques de relaxation ou différez la tâche à accomplir. exemple de relaxation guidée (Schulz et Jacobson) Relaxation (lien)

  • Les pensées obsessionnelles : Autant le dire je parle sur un terrain connu, il est parfois possible de défocaliser les pensées automatiques pour les recentrer vers des pensées positives ou neutres. Nous verrons dans un article comment réaliser cette tâche. Une pensée négative habituelle pourrait être  « de toute façon je n’arrive jamais à me concentrer et les autres font en 10 minutes ce que je produis en une heure »

  • Transition parfaite : Apprenez à accepter votre fonctionnement. Vous êtes asperger, TDA, personne typique, chacun a un rythme différent, chacun a droit à l’erreur. Une généralisation excessive de vos échecs ne pourra qu’amplifier le problème. A l’heure où la société se normalise de plus en plus, où le rendement est mis en exergue, il est parfois difficile d’adopter pareille conduite. Mais pourtant c’est la seule qui peut vous permettre de progresser.


III) Stratégies attentionnelles

Les stratégies attentionnelles sont de divers ordres. En fait l’idée c’est qu’il y a une infinité de données autour de nous. Il faut les inhiber, mais si vous me donnez une image sur laquelle vous allez m’interroger, je ne sais quelles données sont à retenir. Il est important d’effectuer alors des stratégies (comptage d’objets, balayage de haut en bas etc). 

Voici quelques stratégies globales pour être plus efficace :

  1. S’accorder un délai préalable pour effectuer une tâche
  2. Établir un plan d’action préalable
  3. Établir des périodes de repos (5minutes toutes les 20 minutes par exemple), des études ont permis de démontrer que l’arrêt « stop & think » diminuait de 35% les erreurs dans le cadre du TDAH (Mainly 2002). Dans l’étude il s’agissait de signaux aléatoire d’arrêt.
  4. Avoir un carnet toujours près de soi pour prendre des notes au fur et à mesure de vos pensées
  5. Utiliser un timer et/ou une alarme, l’alarme peut servir de rappel de la tâche quand la distraction est forte
  6. Réduire les distracteurs (voir partie précédente)
  7. Avoir une bonne hygiène de vie (« un esprit sain dans un corps sain. »)

Une rééducation de l’attention existe via une remédiation cognitive, par exemple à l’instar de l’exposition, il est possible d’apprendre à inhiber certaines informations. A une tâche donnée, peu à peu des distracteurs sont ajoutés, selon le principe d’exposition graduelle( Sous exposition / Sur exposition). Un autre moyen de développer son attention est d’utiliser les logiciels du marché, par exemple l’entraînement cérébral du Dr Kawashima. Mais les données en terme de progression du QI démontrent l’inefficacité d’un tel programme pour l’augmentation du QI, je ne crois pas que des études existent pour l’attention.

En conclusion:  Si je puis dire, je ne sais si vous aurez été attentif jusqu’au bout de cet exposé, il n’entend pas être exhaustif sur tous les processus attentionnels. Il n’est qu’une vulgarisation (parfois sans doute abusive) de ma compréhension et des divers exposés lus sur le sujet. N’hésitez pas à commenter, critiquer objectivement, et à me proposer d’autres sujets si vous le désirez. D’ailleurs en 3h j’avais tout écrit en un seul jet, comme quoi la procrastination et l’attention se réduisent quand le sujet vous intéresse.

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