Publié dans diagnostic autisme

A la recherche des comorbidités de l’autisme

Les comorbidités désignent les conditions, maladies, troubles qui sont souvent associés à une autre. En psychiatrie, on évoquera les comorbidités quand un seul trouble ne suffit pas à expliquer la symptomatologie.

Trop souvent, en France et même à l’étranger, dans l’autisme, le diagnostic est posé comme unique réponse à des spécificités, difficultés éparses. Or, bien identifier les comorbidités, c’est changer son approche pour travailler aussi à des comorbidités spécifiques ou prévoir des traitements dédiés. Certains documents sont issus de la formation que j’ai donnée auprès d’un sessad, n’hésitez pas à commenter si certaines parties vous paraissent plus complexes qu’à l’accoutumée.

En première partie, j’évoquerai les comorbidités fréquentes dans l’autisme, dans une deuxième partie, pourquoi elles sont sous-diagnostiquées et enfin nous verrons surtout comment poser un diagnostic.

Ps: Toutes les images peuvent être agrandies sur simple clic ou à la fin de l’article

I) L’autisme et ses comorbidités :

Rappelez-vous, dans un  sujet, j’avais évoqué la diversité des difficultés dans l’autisme et la faible prise en compte de celles-ci :
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J’avais alors invité à évaluer l’évaluation et le soutien nécessaire :

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Que cela soit dans l’autisme Asperger selon l’ancienne classification ou dans l’autisme plus sévère, les comorbidités sont nombreuses dans l’autisme et doivent être explorées :

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Ce tableau, qui n’est pas du tout complet, n’évoque que les comorbidités psychiatriques au sens large. Les femmes auront tendance à avoir  des comorbidités psychiatriques plus internalisées (anxiété, trouble du comportement alimentaire, dépression lien vers l’étude). Les hommes eux seront plus touchés par des comorbidités psychiatriques plus externalisés TDAH, TOP, TOC (lien vers l’étude). Une comorbidité internalisée influence les valeurs, le système de fonctionnement interne de la personne, tandis qu’une comorbidité externalisée aura des conséquences sur son environnement.
Dernièrement, un psychiatre semblait souligner dans une vidéo que les comorbidités notamment autour du TDAH réduisaient la pertinence de poser un diagnostic d’autisme, et du coup remettait en question même la définition de l’autisme. Il est vrai qu’un empilement de diagnostics pourrait le laisser entendre :

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Sans aller jusque-là, il me semble très important d’évaluer de façon scrupuleuse au moment du diagnostic. Pourquoi évaluer les comorbidités ?

Quelques exemples de comorbidités relevées dans une étude, j’en propose une qui différencie homme/femme, mais dans tous les cas à cause des difficultés à poser un diagnostic comorbide, les chiffres passent du simple au double selon les études :

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II ) De la difficulté à évaluer les comorbidités

De mon point de vue, toute procédure diagnostique devrait suivre au minimum chacun de ces points :

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Sur cet article, nous nous limiterons à la première partie et surtout aux freins à une bonne évaluation des comorbidités. Les freins sont multiples:

  1.  D’abord certaines comorbidités ne sont pas permises ou n’existent que depuis le DSM-5, ainsi dans le DSM-4 , il était interdit de poser un TDAH si l’autisme était déjà diagnostiqué (et inversement).
  2. L’overlap ou chevauchement symptomatologique rend difficile la pose d’un diagnostic, il est difficile d’attribuer un trouble de l’attention à un problème de distracteurs sensoriels, de manque d’inhibition, de problèmes de mémoire de travail

Prenons deux troubles, par exemple autisme et TDAH (trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité):

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Tout ce qui est bleu représente la symptomatologie uniquement associée à l’autisme (par exemple trouble de la communication sociale, comportements restreints), le rouge serait le TDAH, et le central serait la symptomatologie qu’on retrouve dans les deux. Si la comorbidité n’a pas été posée, on a expliqué le bleu et le violet central (mais sans en expliquer l’intensité) et pour toute la partie rouge, les professionnels diront que ça fait partie de la variabilité de l’autisme.

Mais quel est donc le problème avec l’overlap ? Environ un tiers des personnes autistes rencontreraient toute la symptomatologie pour le TDAH (Leyfer et al. 2006), mais certaines études évoquent jusqu’à 70% si on prend des symptomatologies partielles. De la même façon, je le disais dans mon livre (Guide de survie de la personne autiste), je suis en dépression depuis ma naissance si j’en crois la symptomatologie. Derrière cet humour, j’évoque la difficulté de dissocier l’anxiété, la dépression ou les troubles de l’attention de l’autisme. Ceci n’est d’ailleurs pas vrai uniquement pour l’autisme, car une difficulté supplémentaire vient du fait que les systèmes sont bien souvent imbriqués :

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Le schéma n’est pas joli, mais il est corroboré par l’analyse très pertinente de Michèle Mazeau et souligne le caractère imbriqué de toutes les thématiques et la difficulté d’imputer une problématique à un diagnostic. Pour aller plus loin : Les fonctions exécutives

                3. Certains tests cliniques ne soulignent pas les difficultés symptomatologiques car ils sont trop éloignés du quotidien de la personne (trop peu écologiques), ou d’autres difficultés vont masquer les problématiques
Pour cela je me dois de définir deux choses, le test écologique, du test crayon-papier :
Le test crayon-papier offre un regard clinique sur la capacité à réaliser une tâche. Ils sont organisés dans un contexte clinique souvent absent des contraintes liées à la vie quotidienne et donc peuvent être inefficaces pour souligner des problématiques inhérentes aux conditions réelles
Le test écologique permettra d’évaluer dans les conditions de la vie quotidienne, la réalisation d’une tâche. L’évaluation écologique repose donc sur l’observation de la personne lors d’une mise en situation, dans un cadre qui peut être celui de la personne ou qui constitue une activité proche de la vie réelle (lieu de vie de la personne, lieu professionnel, lieu transitoire (hôpital) ou inconnu)
Globalement, deux tests écologiques des fonctions exécutives se sont montrés plus sensibles que les tests neuropsychologiques classiques (Chevignard et al. 2000, Shallice et Burgess, 1991).

Par exemple un test écologique serait :
• Faire des courses dans le lieu autour du cabinet avec des contraintes de prix, d’attention et de lieux de rendez-vous
• La version « papier-crayon » serait de faire une liste de contraintes et de demander à la personne de créer son parcours.

Sans être quelqu’un de très doué financièrement, il est évident que la version « écologique » est nettement plus coûteuse, demande nettement plus de moyens

        4. La plupart des diagnostics sont posés trop rapidement et le flux des demandes, un personnel en nombre insuffisant, rendent difficile une bonne évaluation Dépouillement du questionnaire AspieConseil (Introduction)

III) Comment identifier les comorbidités ?

           a) Utiliser diverses sources d’observation :

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b) Plaintes, évaluations non écologiques et manque d’insight

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Pour aller plus loin :         Sous-handicap, sur-handicap, une juste nuance à trouver

       C) Mais alors quand poser un diagnostic comorbide ?

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Un article ou une formation sans trois parties est comme un diagnostic d’autisme sans comorbidité (oui bon mon humour est particulier)

Conclusion : Je n’ai pas la prétention d’avoir fait le tour de la question, mais j’espère avoir donné quelques clés pour comprendre la difficulté de poser un diagnostic comorbide et aussi son importance pour l’accompagnement des personnes autistes.
Trop de personnes autistes y compris sévères n’ont pas de diagnostic comorbide et ne peuvent donc pas bénéficier d’un accompagnement approprié. Les troubles anxieux et dépressions sont nombreux dans l’autisme plus verbal et pourtant sont rarement posés, impliquant un risque suicidaire accru faute de soins.
Comme d’habitude, si vous souhaitez réutiliser les images, merci de me contacter et n’hésitez pas à vous abonner à ma page facebook:
https://www.facebook.com/Aspieconseil/

Pour ceux qui veulent me soutenir, j’ai un leetchi au cas où, mais rien n’est obligé et le principe d’AspieConseil est de proposer du contenu gratuit:
https://www.leetchi.com/c/aspieconseil

Les images utilisées dans l’article :

Pour aller plus loin :http://www.ipubli.inserm.fr/bitstream/handle/10608/140/?sequence=9

L’excellent article Wikipedia (merci Amélie)

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