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Structurer son espace de vie

Lors de l’accompagnement d’un enfant autiste, il est souvent pris en compte aussi bien son comportement, ses sensorialités que son environnement. Ceci est beaucoup plus rare dans le cas d’une personne adulte autiste. Or l’avantage de travailler sur ce thème est de prendre en compte l’ensemble des spécificités liées à l’autisme et d’offrir une technique proactive simple pour limiter l’anxiété.

Aussi j’ai trouvé intéressant de développer ce sujet : structurer un espace de vie. Comme à mon habitude, j’envisage ce fameux triptyque d’un plan à trois parties. D’abord comprendre pourquoi structurer son espace, enfin comment le faire et en troisième partie je proposerai des exemples de structurations possibles ainsi qu’une infographie.

 

I) La Structuration de l’espace: une évidence dans l’autisme

La structuration de l’espace de vie est très importante pour une personne autiste. L’environnement structuré devient prévisible et plus simple à appréhender pour la personne autiste. En effet la recherche de dossiers ou d’objets est facilitée, elle favorise une réduction des stimulus visuels. Une bonne structuration s’appuiera avant tout sur les spécificités de l’autisme et favorisera une routine efficace.

Il est ainsi possible de donner des points de repère importants et de profiter des grandes capacités visuelles des personnes autistes. Chez les enfants autistes, on utilise une structuration du temps et de l’espace, ce qui a été développé notamment dans l’approche Teacch, bien qu’elle ne se résume nullement à cela.

structuration

Il convient toutefois de souligner quelques problématiques :

  • Un environnement structuré se maintient, il faut donc agir pour que dans le temps la structuration perdure. Pour cela il vaut mieux le faire au fur et à mesure
  • Si cela favorise la routine à domicile, cela peut engendrer une certaine anxiété dans un environnement extérieur.
  • Il est important de personnaliser votre lieu de vie, son agencement et au besoin de le modifier si l’organisation ne vous correspond pas

Quelques liens pour aller plus loin :

Théorie de la cohérence centrale, même si je n’y adhère pas : https://www.participate-autisme.be/go/fr/comprendre-l-autisme/qu-est-ce-que-l-autisme/les-theories-sur-l-autisme/le-manque-de-coherence-centrale.cfm

Les fonctions exécutives :Les fonctions exécutives

Sentiment d’efficcacité : Sentiment d’efficacité personnelle

II) Comment structurer?

Il est important de favoriser une structuration précise avec un environnement non chargé. Par exemple, Il peut être idéal de placer son bureau face au mur, dos aux fenêtres, avec des cloisons séparatrices ajustées aux besoins de la personne. Il peut être utile de favoriser des murs neutres, des sols non bruyants, des lumières indirectes.

Ceci permettra d’éviter les stimulus sonores et visuels. La personne autiste aura tendance à être fortement influencée par les nombreux stimulus et son rythme de travail pourrait s’en trouver spécialement affecté.Il est possible d’utiliser des espaces sensoriels qui seraient en quelque sorte votre lieu dédié pour vous ressourcer et ceci limitera aussi le risque d’effondrement. Pour cela, vous pouvez utiliser du matériel spécifique que l’on peut trouver chez Hoptoys, mais aussi du matériel plus usuel et surtout moins cher dans des magasins non spécialisés. Une tente, un lit avec une couverture lestée.

Quelques règles qui peuvent aider la personne autiste :

  • Un espace pour une fonction. A chaque lieu est défini une fonction. Pourquoi ne pas découper votre espace de travail en zone pour augmenter l’efficacité ?
  • Mieux dissocier l’espace, c’est lui donner un sens, pourquoi pas une fois ceci réalisé en faire un plan pour que vous appreniez à mieux distinguer les différentes fonctions
  • Si besoin est, n’hésitez pas à limiter les distracteurs, ça peut aller de simples stores à des cloisons de bureau
  • Trier vos papiers par thématique, par exemple emploi, mutuelle, assurance, garantie, n’hésitez pas pour cela à utiliser des codes couleurs.
  • Privilégiez des tiroirs transparents pour mieux visualiser leur contenu ou des tiroirs avec un visuel important
  • Organiser une fois par mois voire par semaine, un retour sur votre structuration pour vérifier que tout est à sa place et aussi le rangement d’objets inutilisés

III) Exemple d’organisation :

bureau TSA

Conclusion : Cette première approche souligne les avantages d’une structuration spatiale pour la personne autiste même autonome. Cela renforcera son indépendance dans de nombreuses tâches tout en offrant une meilleure productivité. Cette approche respecte les spécificités de l’autisme et permet donc d’offrir un environnement tout à fait adapté.

Sachez que l’approche Teacch © est loin de se limiter à cette unique perspective, puisque le temps, les procédures sont aussi des concepts inhérents à Teacch. L’idée est aussi de faire grandir l’indépendance pour l’enfant et l’adulte afin de favoriser la réalisation, l’auto-contrôle dans le cadre d’un enseignement. Elle s’appuie sur le profil de la personne pour lui offrir un environnement permettant de développer des compétences et favoriser son indépendance.  L’idée majeure est d’offrir un sens aussi bien aux tâches qu’à ce qui entoure la personne autiste. Structurer son espace est enfin un facteur externe pour limiter le risque de sur crises.

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Quelques ressources:

Trier ses papiers

Méthode Marie kondo

L’infographie liée:

bureau TSA2.jpg

 

 

 

 

 

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L’Autisme dans tous les sens

La sensorialité dans l’autisme est devenue un domaine privilégié, à tel point que désormais les troubles sensoriels sont intégrés dans les caractéristiques du DSM 5. Certains scientifiques sont allés jusqu’à émettre l’hypothèse que l’autisme était lié à une intégration atypique des sensorialités. Le cerveau serait alors incapable d’organiser les différentes données reçues et les discriminer. Sans aller jusque là il apparaît comme évident que beaucoup de personnes dans le spectre (et hors du spectre) ont des difficultés liées à des sensibilités atypiques (hyperacousie, hyposensibilité à la douleur). Dans cet article avant tout théorique, je m’attacherais à trois parties : l’hypersensibilité, l’hyposensibilité, les conséquences et les objets pour organiser son environnement (le triptyque du sujet en somme)

Pour ce faire, je vais expliciter le schéma ci-après. Il va vous aider à mieux comprendre le processus des sensorialités, il faut ainsi dissocier 3 phénomènes:

  • la sensationc’est le traitement des informations recueillies par les organes sensoriels (ex: un morceau de bois touche votre épiderme)
  • la perception:  c’est l’interprétation de ces informations sensorielles. En quelque sorte, on pourrait dire que c’est la prise en compte de la sensation
  • la modulation sensorielle: C’est le processus  qui permet de réguler, filtrer et organiser l’intensité ainsi que la nature de la réponse aux différents stimuli sensoriels provenant de l’environnement

sensorialité 1

Avant d’entrer dans la dissociation des différentes sensoliarités, je propose un tableau qui peut montrer que comprendre un comportement peut être utile :

Attention, c’est une explication, ne pas répondre à son prénom peut avoir diverses causes.

Comportement

Cause sensorielle possible

« Il ne répond pas à son prénom »

Hyposensibilité auditive (mauvaise discrimination du son)

« Il tape des mains »

Hyposensibilité auditive (besoin d’un rythme régulier)

« Il s’agace après avoir été touché »

Hypersensibilité tactile

« il joue avec ses excréments »

Hyposensibilité olfactive (besoin d’odeurs fortes)

« Il mâche n’importe quoi »

Hyposensibilité gustative

« il met des habits d’hiver en été »

Problème de thermoception/hyposensibilité

        I) L’hypersensibilité :

Avant toute chose, sachez que s’il y a des profils plutôt hypersensibles, et d’autres hyposensibles, rien n’empêche cependant d’être hypersensible visuel et hyposensible tactile. De même qu’il est possible d’être sensible aux bruits aigus tout en étant peu sensible aux autres bruits. Il y a donc assez couramment une fluctuation entre hypo et hyper.

Quelques caractéristiques d’hypersensibilités courantes chez les personnes autistes :

  • Hypersensibilité visuelle : C’est souvent d’abord une vulnérabilité excessive aux stimuli lumineux, d’où une propension à porter des lunettes de soleil. Cela peut aussi conduire à une perception importante des détails qui peuvent estomper la vision d’ensemble. Les personnes touchées auront tendance à fermer excessivement les yeux. D’ailleurs peut-être est ce une des raisons qui préside au faible contact oculaire avec des tiers ?
  • Hypersensibilité auditive : c’est l’affection la plus rapportée dans l’autisme, qui à mon sens,est nommée de façon impropre hyperacousie. Là encore c’est une vulnérabilité excessive aux bruits en général ou à des bruits particuliers, comme si un haut parleur était placé devant chaque bruit émis.
  • Hypersensibilité olfactive/gustative : L’hypersensibilité olfactive ou gustative est une sensibilité extrême aux odeurs et au goût. Ceci peut expliquer en partie la sélectivité alimentaire (en plus des textures). Les personnes de ce type supportent mal les odeurs corporelles et sont vite dans l’inconfort, avec parfois des nausées ou vomissements
  • Hypersensibilité tactile : Cette caractéristique est très courante dans l’autisme, la sensibilité aux textures, au toucher engendre souvent une fuite du contact, à mal supporter certains reliefs, les étiquettes. Cela peut participer parfois au repli social car la personne fuit les contacts obligés (serrer les mains, embrassades) voire poser des problèmes dans l’intimité.

II) L’hyposensibilité :

Diamétralement opposé, mais tout aussi dérangeant est l’hyposensibilité sensorielle. Pour moi qui suis dans ce profil, j’ai souvent l’impression d’être dans un brouillard sensitif permanent. Même si de prime abord, le dérangement peut paraître moindre, ce brouillard engendre un fort repli intérieur, ou l’exposition à des douleurs, ou générer du PICA   ((trouble du comportement alimentaire caractérisé par l’ingestion durable de substances non nutritives et non comestibles) pour tenter d’explorer le monde sensoriel. Globalement cela peut renforcer la sensation de fadeur, de vie morne, d’un manque de plaisir et même d’une faible discrimination des différentes émotions. Quand on ressent peu la douleur, le plaisir gustatif, il y a quelques difficultés à identifier un stimuli et même une émotion, avec un risque Alexithymie(incapacité à ressentir les émotions) et d’agnosie sensorielle (incapacité à identifier les sens)

  • Hyposensibilité auditive : Elle se caractérise par un manque de sensibilité aux informations auditives, ceci explique que couramment les personnes qui ont cette caractéristique vont crier, battre des mains pour émettre des bruits suffisants pour ressentir de l’information
  • L’hyposensibilité olfactive ou gustative: elle rend peu sensible aux goûts et aux odeurs. Ainsi les personnes dans cette situation auront tendance à mâcher tout ce qui se présente (ex : une écharpe, un pull au grand dam de ma femme). De même ils vont peu ressentir de plaisir en mangeant etc…
  • Hyposensibilité tactile : Les personnes qui ont une hyposensibilité tactile sont peu sensibles des doigts. Ainsi ils ont beaucoup de mal à ressentir les textures. Ils peuvent se brûler sans y prendre garde et ont beaucoup de mal à évaluer leur douleur. Par exemple, il m’arrive périodiquement de saigner sans savoir pourquoi, ou de prendre un plat chaud à mains nues. Cela peut générer des problèmes d’évaluation dans la douleur et un retard de prise en charge médicale

III) Les conséquences et les aides possibles :

sensorialite2

Je reviendrais plus particulièrement dans un autre article, sur la surcharge sensorielle ou meltdown, mais je souhaite ici transmettre quelques pistes pour réduire l’inconfort lié à l’hypo ou l’hypersensibilité voire rééduquer vos sensorialités.

Tout d’abord je vous conseille vivement de vous reporter à mon premier article, car les aides ne doivent pas conduire à une Sous exposition:Sous exposition / Sur exposition : Une juste nuance à trouver

En attendant je fournis une liste non exhaustive de quelques objets et conseils qui peuvent amoindrir les troubles sensoriels:

  • Sensibilité visuelle : lunettes de soleil, utiliser un éclairage naturel filtré, aménagement d’un coin à l’éclairage réduit, éviter les pollutions visuelles
  • Sensibilité auditives : casques anti bruit, endroit calme, réduction des sources de bruit, bouchons d’oreille, utiliser un bruit qui camoufle le bruit ambiant (bruit blanc, son répétitif)
  • Sensibilité tactile : panneaux tactiles, objets sensitifs, vêtements lestés, réduction des contacts ou préparation à ceux-ci, rééducation des sens tactiles par des ballons à picots, textures, etc
  • Sensibilité gustative : réintroduction d’aliments progressivement, gomme ou objets à mâcher
  • Sensibilité vestibulaire : hamac, trampoline, réduction des trajets etc

 

 

hypo

Quelques « accompagnements proposés » :

  • Les ateliers sensoriels
  • L’intégration sensorielle,  vous trouverez dans le lien ci-après un pdf qui présente des exercices très bien fait à ce sujet exercices d’intégration sensorielle
  • Un espace de retrait sensoriel, voici un coin de retrait sensoriel crée par une personne asperger: retrait-sensoriel

Ces aides ne sont pas exhaustives et n’hésitez pas à en proposer d’autres en commentaires, dans tous les cas il existe un livre que je vous recommande volontiers et qui m’a  inspiré cet article  :Questions sensorielles et perceptives dans l’autisme et le syndrome d’Asperger

De même je ne saurais trop vous conseiller d’évaluer votre profil sensitif, grâce à l’excellent questionnaire de Dunn qui se trouve dans le livre plus haut. Connaître son profil, permet d’adapter son environnement à son profil et donc de se préserver de certaines surcharges sensorielles.

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