Habiletés sociales

L’empathie et l’autisme, aux sources scientifiques du conflit (I)

A force de lire « Les personnes autistes manquent d’empathie », il me semblait important de dresser un état des lieux de ce qui tient du mythe social, de l’hypothèse scientifique et de la réalité. La science est foisonnante à ce sujet, beaucoup de notions ne font pas consensus. Malgré cela, explorer l’empathie sous le regard autistique semble nécessaire.
Certes l’état de l’art est utile, mais la finalité du blog est d’apporter du soutien aux personnes du spectre qui sont souvent isolées. C’est pourquoi l’article sera divisé en deux, une partie théorique et une partie plus pratique. Un conseil cependant, dans la partie qui développe les connaissances, de nombreux tests sont proposés, ceux-ci peuvent être pertinents pour connaître vos besoins. Aussi je ne peux que vous inviter à lire les deux parties.
Bref, fidèle à mon triptyque rituel dans un premier temps, je présenterai les définitions liées à l’empathie (I), une fois cette idée évacuée, deux points fonctionnels et pragmatiques seront envisagés : pourquoi est il préférable de manifester de l’empathie ? Et comment le faire ? (II)

  1. Aspects définitionnels

L’empathie est la capacité à inférer (déduire) ou à observer une émotion chez autrui. Ce phénomène produit une émotion isomorphe (identique) ou tout au moins appropriée chez l’observateur, sans confusion entre son émotion et celle de son interlocuteur. Il doit ensuite réguler ses propres réponses émotionnelles pour pouvoir manifester cette empathie. Avec une telle définition, je perds déjà mon public si réduit donc voici un schéma qui permet d’expliciter les mécanismes de l’empathie :

Empathie 1

 

Ce schéma ajoute quelques précision, pour inférer il faut imaginer ce que l’autre ressent ou pense. On parle alors d’empathie cognitive et de théorie de l’esprit. Ce schéma détaille l’idée, il est important de le comprendre, car ici il s’agit d’une méta-représentation, globalement se représenter ce que l’autre ressent (théorie de l’esprit affective), ce que l’autre croit (théorie de l’esprit cognitive).

Métareprésentation.jpg


Reprenons donc les différentes notions :

L’empathie cognitive: Elle implique la conscience de soi, sans cela il serait impossible de distinguer l’émotion ni de discriminer ce qui vient de soi ou d’autrui. Fort de cela, la personne devient capable d’adopter la perspective d’autrui. Ce type d’empathie serait acquise au cours du développement de l’enfant, elle est directement liée à la théorie de l’esprit.

L’empathie émotionnelle semblerait liée aux neurones miroirs. Elle implique une contagion émotionnelle entre l’observateur et l’observé, elle serait très précocement constatée chez les nourrissons.

La théorie de l’esprit se divise quant à elle en théorie de l’esprit cognitive et théorie de l’esprit affective. L’empathie cognitive et affective s’apparentent respectivement à une métareprésentation des croyances d’autrui et des émotions :

empathie étude.jpg

( Document traduit issu de l’étude ci-dessous:  http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0010945209001464)

Quelques définitions qui s’approchent de l’empathie mais qui n’en sont pas :

  • La contagion émotionnelle : une personne éprouve le même état qu’autrui sans conserver la distance nécessaire (ex : le rire)
  • La sympathie : La réaction est présidée par un comportement moral, altruiste

En résumé :

  • L’empathie émotionnelle = « Je reçois l’émotion de l’autre »
  • L’empathie cognitive = théorie de l’esprit affective = « Je me fais une représentation de ce que l’autre ressent » 
  • Théorie de l’esprit cognitive = « Je me fais une représentation de ce que l’autre croit ou pense »

Certains diront si j’avais su, je n’aurais pas lu le reste et je me serais contenté du résumé, je le conçois aisément mais ça aurait gâché le plaisir de l’intellect. Les définitions sont comprises, très bien mais alors où est la faiblesse autistique dans l’empathie ? Et bien là encore le flou est de rigueur :

Empathie hypothèse
Je ne peux évoquer toutes les recherches, tant leur nombre est grand et tout ce qui pourrait donner l’impression d’une plus faible empathie. Mais une hypothèse possible serait le manque de contextualisation, mais qui peut être travaillé si on respecte le formalisme de la conversation empathique (voir Partie II)

Avant de conclure, voici quelques tests présents sur le net que je vais détailler :

  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Test_de_Sally_et_Anne Ce test est plutôt reservé à des personnes d’un âge peu élevé mais il faut que je vous l’avoue, je l’ai échoué. Il permettrait de mesurer la capacité à inférer de fausses données à autrui et donc de mesurer la théorie de l’esprit cognitive.
  • http://www.cygnification.com/test-d-empathie/ Celui là est nettement plus utilisé pour les personnes en âge avancé et notamment dans les CRA. Aussi je vous le dis, ne le réalisez pas si vous comptez vous inscrire dans une démarche de diagnostic. Dans tous les cas si vous le réalisez, ne procédez pas par élimination. Une faible reconnaissance des visages, implique souvent une faible capacité à reconnaître le langage non verbal.
  • Lien vers le test des faux pas Ceci est le test des faux pas, fort utilisé aussi dans les CRA il estime la théorie de l’esprit affective. Les consignes, et les solutions se trouvent dans le lien suivant : Consigne faux pas

En conclusion partielle sur la partie théorique, il est difficile d’abord de dire si les personnes autistes manquent réellement d’empathie et si oui quels sont les mécanismes qui président à cela. Toutefois à mon avis, une grande partie de la problématique car il demeure difficile d’évaluer l’empathie reste la communication dite empathique. C’est pourquoi si aujourd’hui nous n’avons pas de levier sur le reste, sur ce point précis ainsi que sur la reconnaissance de ses propres émotions, il est possible de travailler.
C’est ce que s’attachera à faire notre prochain article sur pourquoi et comment exprimer l’empathie. N’hésitez pas à commenter, à corriger car ce sujet est fort difficile. Encore désolé pour ceux qui se sentiront perdus devant la pléthore de notions, la seconde partie sera la plus simple et la plus pratique.

Suite de l’article ->L’empathie et l’autisme, comment manifester l’empathie? (II)

 

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Remerciements: Merci à Ade pour son aide scientifique, à Caroline et à Murielle pour leur relecture.

Vidéographie:
Peut on évaluer l’empathie?

L’empathie (généralité documentaire Arte)

Bibliographie:

Processus empathique selon la neuropsychologie

https://fr.wikipedia.org/wiki/Empathie_des_personnes_autistes

Un texte d’une personne Asperger qui développe aussi le sujet, que je trouve intéressant même si les concepts varient:
https://decouverteaspi.wordpress.com/2017/03/25/je-suis-empathie-sympathie-et/

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