Publié dans Habiletés sociales

Les particularités de communication dans l’autisme

La communication est pour vulgariser Skinner, un comportement qui permet de modifier notre environnement par le moyen d’une autre personne. Il n’est donc pas uniquement verbal, mais va reposer sur l’idée de fonction plus que de forme. Élément de la triade puis de la dyade dans le DSM, la communication tient une place importante aussi bien dans l’autisme que dans notre société. Parfois même, on aurait tendance à penser (à l’instar de ce que l’on nomme trouble du comportement), que le fait d’être verbal ou non est le signe de la sévérité de l’autisme. Un quart à la moitié des personnes autistes sont non verbales ou peu verbales ( Source ), celles qui parlent ont souvent une utilisation atypique du langage.

Sans toutefois nier que sans communication, l’enfant et l’adulte autistes sont fortement handicapés, je vous propose un sujet de sensibilisation à la communication dans l’autisme. Le point le plus important est à mon sens, que la vocalisation n’est pas forcément une communication, et qu’à l’inverse, un enfant peut par un comportement vouloir communiquer.

Comme tout sujet, sur ce blog, je garderai le principe du triptyque, d’abord le langage expressif, ensuite le langage atypique, ensuite quelques règles et enfin un rappel des interventions qui peuvent favoriser le langage.

I) Le langage expressif

Langage expressif

Tout d’abord il faut être conscient, que notre langage est renforcé quand il devient efficace. Il est très important de comprendre cela dans un versant comportemental, l’inversion pronominale permet à Jean d’obtenir des frites. L’inversion sera renforcée: il ne fait que répéter une phrase qui lui permet d’obtenir ce qu’il veut. De même si après « lofonfrigo », comme dans la dernière image il obtient l’eau au fond du frigo, le besoin d’une meilleure élocution ou d’une syntaxe approximative n’est pas évident. Il est donc important de voir dans tous ces langages « approximatifs » une étape nécessaire à l’enfant autiste dans son apprentissage de la communication.

Quelques idées:

  • Au départ, si vous pouvez accepter les approximations (façonnement), il est important de favoriser la communication la moins approximative. C' »est à dire si on peut se retourner quand l’enfant dira « ma », à terme on visera le « maman ». Attention toutefois, il est parfois  utile simplement de différer l’attente face à l’approximation, pour éviter la baisse de motivation. Les personnes autistes se démotivent vite au niveau des demandes, ne pas se retourner si la personne dit « mam », c’est risque parfois que la personne ne s’exprime plus. Donc idéalement soit on fera répéter maman, soit on répondra moins vivement aux approximations
  • N’oubliez pas que tout cela fait partie d’un développement de la personne autiste, beaucoup d’écholalies s’estompent avec le temps. C’est aussi un moyen non conventionnel d’apprendre le langage. Il est intéressant de constater que plusieurs études (exemple :étude sur l’écholalie)rapportent l’idée que ça peut être un moyen atypique d’apprentissage du langage ou un appui pour enrichir et travailler à terme un langage plus conventionnel et plus fonctionnel. Il est donc très important de réfléchir à la fonction de l’écholalie, avant de s’empresser de ne pas y répondre (faire de l’extinction).
  • Enfin, il est possible par exemple pour l’inversion pronominale, d’utiliser l’apprentissage du tour par tour dans les jeux de société, avec un bâton de jeu ou un moyen de symboliser la personne qui doit jouer. De même, on peut utiliser un visuel « JE » ou travailler avec un souffleur, c’est-à-dire avec une personne aux côtés de l’enfant qui lui soufflerait le « je » au bon moment.

 

II) Le langage réceptif

Il est possible de lier beaucoup de particularités de communication dans l’autisme avec la théorie de la cohérence centrale. C’est à dire avec une forte propension à prendre des détails, sans forcément identifier le contexte. Ceci est vrai dans les trois illustrations dessous.

Langage receptif

Quelques idées:

  • Il est important de garder en tête la fameuse phrase qui doit dicter une partie des intervenants autour des questions de l’autisme « Rendre explicite l’implicite ».
  • Ensuite, beaucoup de personnes noient les choses importantes dans des discours trop longs, gardez en tête que trop de verbal risque d’empêcher l’enfant de comprendre le besoin. Cela ne signifie pas comme j’ai pu le voir, qu’il faut lui parler comme on donne des ordres à un chien, mais simplement limiter le verbal inutile pour garder le coeur du discours. On peut aussi travailler sur des structures avec des verbes « pivots » qui peuvent être utile pour beaucoup d’actions « prendre », « donner » etc.
  • N’oubliez pas  de limiter le métaphorique, je ne suis guère le plus handicapé verbalement des personnes autistes. Pour autant, la méconnaissance d’une expression m’a fait parfois trompé sur les intentions. A une personne qui me disait que cette table se nettoyait avec de l’huile de coude, j’envisageais d’aller en acheter croyant que c’était de l’huile de lin. Une autre fois, à ma grande honte, j’ai parlé de mes ennuis gastriques à une personne qui parlait de son estomac noué. Bref, tout ça pour dire qu’il faut déconnecter le niveau apparent de la personne en termes de fonctionnement et la réalité de sa compréhension. Par contre, à l’évidence, désormais je sais quoi à m’en tenir pour cela.
    Pour rappel cette image photographiée au centre expert Asperger adulte montre qu’une personne a été obligée d’ajouter  » et pendant » (l’usage des toilettes NDLR) , puisque ce n’était pas explicite:
    asperger

 

III) Les outils/interventions autour de la communication

Je le dis souvent en formation, imaginez que vous n’ayez pas de signes sociaux ni de vocalisation, ni de moyens d’exprimer vos besoins (exemple le pointage proto-impératif). Très rapidement, vous auriez envie de taper dans le frigo pour signifier que vous avez faim. Si l’enfant peut ouvrir le frigo seul et manger selon ses envies, il n’y aura ni trouble de comportement ni demande. Il faut donc éviter cela, pour favoriser le besoin de langage.

    A)  Favorisez le besoin de communication

Le langage n’est pas quelque chose d’utile et de renforçant en soi pour une personne autiste en général. Aussi, moins la personne autiste en aura l’utilité, moins elle l’utilisera. C’est pourquoi si vous voulez augmenter le nombre de demandes, il est important que la demande soit nécessaire à l’obtention. Il est souligné que le comportement qui a le moindre coût sera toujours favorisé, aussi pourquoi demander ce que l’on peut obtenir sans?

    B) Choisissez une communication alternative

Les études le démontrent, la communication alternative ne défavorise pas l’émergence du langage, mais au contraire la favorise. De même, plus une communication alternative et augmentée (PECS, Makaton, assistant informatique au langage ou langue des signes) est mise en place, moins les comportements violents apparaissent.

demande

Attention si PECS, l’échange de pictogrammes est très orienté vers les demandes, un langage de toute façon n’est jamais fait que de demandes. Il est bien plus facile de réorienter des demandes par des comportements associés qui sont inadaptés que de travailler d’autres opérants verbaux, par exemple des réponses aux questions (intra-verbal) ou la reconnaissance d’objets (tact). Chaque intervention doit être de toute façon ciblée et rechercher ce qui est le plus adapté pour l’enfant/adulte autiste, par exemple avec un enfant qui a des troubles moteurs importants, il sera difficile de produire le geste adapté dans une communication par signes.
Pour aller plus loin : https://afirm.fpg.unc.edu/picture-exchange-communication-system

    C) Travaillez la communication autour de ses centres d’intérêt

En tant que parents, vous êtes les acteurs aussi de son développement, il est donc important de nommer les objets, de continuer à lui parler même quand il est non verbal. En général le langage s’initie par l’échoïque et beaucoup d’enfants autistes commencent par un langage écholalique (donc des répétitions) qui au départ ne sont pas fonctionnelles. Par ailleurs, plus qu’un enseignement structuré du langage, l’idée est de partir de lui pour enrichir son univers, certaines méthodes développent ce type d’approche notamment Floortime:

Suivez par exemple les 5 étapes développées dans ce document:
Guide Floortime

Étape 1 : Observez votre enfant
Étape 2 : Approchez-vous de votre enfant
Étape 3 : Suivez son initiative (« Follow you child’s lead »)
Étape 4 : Développez et enrichissez les idées de votre enfant
Étape 5 : Ouvrez et fermez des boucles de communication avec votre enfant

Plus le langage et la communications seront travaillées dans l’environnement naturel et moins l’enfant aura besoin de généraliser. La généralisation est une étape bien souvent complexe que ça soit l’usage de pictos différents qui symbolisent la même chose, que la compréhension de l’idée qu’un chat blanc, noir et roux représentent tous un chat. Aussi il est important de varier les contextes et les proches avec qui verbaliser.

     D) Evaluez les troubles au niveau de la production de langage

La dyspraxie bucco/oro-faciale : Elle touche l’exécution des mouvements de la bouche , y compris siffler, faire des grimaces et donc articuler. Celle-ci est un trouble de la parole et non un trouble du langage, puisqu’ici il s’agit de prononciation. En général, cette dyspraxie s’accompagne de difficultés à souffler, déglutir. Si on peut la travailler à la maison grâce à du matériel spécifique, il est important dans tous les cas, d’être accompagné par une orthophoniste.

La dysphasie : Trouble des apprentissages qui engendre une difficulté aussi bien à produire qu’à comprendre le langage, sera n trouble du langage. La personne aura du mal à produire des phrases et à les comprendre.  Elle est posée après 4 ans et génère des difficultés surtout dans la façon d’ordonner les mots, les sons.

Repérez les précurseurs du langage:

  • Le pointage proto-impératif pour demander quelque chose en visant avec son doigt. En général, l’enfant autiste commence par utiliser le bras d’autrui pour se servir de pointeur.  Ils signifient une demande « donne moi cet objet »
  • L’attention conjointe et pointage proto-déclaratif qui sont des demandes de partage d’information, Ils pourraient signifier « regarde avec moi cet objet »

Pour aller plus loin :

Une vidéo que j’ai créée sur le sujet :

Comprendre les comportements: Comprendre les comportements d’une personne autiste

Structurer l’espace et le temps : Sensibilisation aux supports visuels

Des infographies sur divers sujets sur l’autisme: Quelques infographies sur l’autisme

Conclusion

Je n’ai pas évoqué l’apport des nouvelles technologies, mais effectivement beaucoup de logiciels et supports adaptés (nicky talk) ou carrément de la CAA (Podd) sont implémentés directement sur informatique. L’important plus que d’avoir compris que le langage atypique des personnes autistes est utile, que bien des comportements que le locuteur ne comprend pas sont des moyens de communiquer. Ensuite, une fois cela en tête il sera plus simple d’intervenir et de préparer même des apprentissages structurés.

Savoir exprimer ses besoins, est un facteur très important pour la qualité de vie future la personne autiste. Aussi, il est important de très vite intervenir pour mettre en place une communication adaptée. Ce n’est pas toujours simple, mais c’est vraiment une cible d’intervention à privilégier.

Si vous voulez suivre mes publications :
https://www.facebook.com/Aspieconseil/

 

 

 

 

 

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