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Accompagner vers l’autonomie

Accompagner nécessite des outils et pour les utiliser, il est important de les maîtriser. Ce sujet en fera un survol bien superficiel mais les liens que je proposerai vous inviteront à rechercher par vous-même les moyens d’aller plus loin.

Du nucléaire au marteau, chaque outil va déprendre de l’éthique de celui qui l’utilisera et non de l’outil en soi.  Avec un marteau, je peux me taper sur le doigt à cause de ma dyspraxie ou taper sur mes voisins qui font du bruit (je vous laisse décider l’action la plus éthique). Ainsi donc, je proposerai des techniques que l’on retrouve dans la tant décriée ABA. Libre à vous de ne pas l’utiliser, libre à vous aussi de réfléchir à un usage éthique des principes ainsi développés. Les critiques que je formulerai pour chaque outil doivent aussi inviter à une réelle réflexion sur leurs limites. Ceux qui suivent mes formations ne seront pas dépaysés, même si celles-ci sont forcément plus complètes.

Dans une première partie, je développerai les outils plutôt comportementaux, dans une deuxième ceux visuels et enfin triptyque oblige, j’évoquerai ce que je considère comme un bon usage avant tout. Tout cela est en partie issu de diverses formations que j’organise pour donner aux parents les moyens d’accompagner leurs enfants autistes.

I) Les outils comportementaux :

          A)La guidance :

 

La guidance est un élément ajouté pour s’assurer de la réussite d’un comportement souhaité. Elle permet souvent de réduire les comportements problématiques suite à l’échec face à une tâche demandée.

aide

 

Pourquoi utilise-t-on la guidance ?

  • Face à une analyse de tâche complexe (nous le verrons plus tard « mettre un masque », se laver les mains).
  • Pour que l’enfant ou l’adulte ne se sente pas en situation d’échec et que la motivation baisse
  • Dans une perspective de réduction ou d’estompage de guidance, nous aidons l’enfant au départ en lui retirant une part des difficultés et en le guidant puis nous avons une volonté d’estomper les tâches
  • On choisira une guidance de la plus forte à la plus faible ou de la plus faible à la plus forte, selon le profil de l’enfant et peu à peu on diminuera l’aide
  • à cause des faiblesses dans les fonctions exécutives

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Avantages

Inconvénients
Réduction des comportements préjudiciables liés à la frustration

Toute guidance doit être estompée, parfois les enfants ont à cause de cette absence d’estompage, un besoin d’approbation pour faire chaque pas

Permet d’autonomiser sur des tâches complexes

Risque de ne pas laisser la chance à la personne de montrer ce qu’elle peut faire

Permet de maintenir la motivation sur une tâche

Une infographie réalisée par mes soins sur les guidances:

Guidance

 

Pour aller plus loin:    lien vers une vidéo et un article sur les guidances

B) Le renforcement :

Attention, chers lecteurs, ça va un peu jargonner, mais où serait le plaisir d’avoir suivi (pour ma part) des formations à 1000€ si ce n’est pas pour jargonner un peu :

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En gros, le stimulus contrôle c’est ce qui se passe généralement avant un comportement, genre « le téléphone sonne » si le comportement est « je décroche ». J’ai essayé sans que ça sonne, vous pouvez le faire, ça ne fonctionne pas. Déjà que ceux qui essaient de me joindre peuvent dire que ça ne fonctionne pas avec (surtout si vous avez un numéro privé). Bref donc ça peut être « fais ton exercice », je vois du pain et je me tape pour l’avoir (Lien vers article comment comprendre un comportement)

Outre le stimulus contrôle, le point important est le renforcement, c’est ce qui va maintenir le comportement. Dans ce paragraphe, je n’évoquerai que les renforçateurs positifs mais vous pouvez lire ici un article plus large: Comprendre les comportements d’une personne autiste. Autrement dit, si je monte chaque fois dans ma voiture et qu’elle ne démarre pas, je vais finir par ne plus essayer. A l’inverse si je fais une activité plaisante, en général je vais réitérer, c’est le like que vous mettrez ou pas à mon article et qui m’incitera à en écrire d’autres (si le renforcement social était vraiment au cœur de mes préoccupations) et c’est là qu’arrive le plus important :

Qu’est-ce qu’un renforçateur et pourquoi proposer des renforçateurs artificiels aux personnes autistes ?

Tout simplement parce que contrairement aux personnes typiques, certains renforçateurs naturels chez d’autres sont peu présents. Ainsi si beaucoup d’éducateurs hurlent bravo à un enfant qui a mis 2 pièces de puzzle en lui donnant ¼ de bonbon, ce n’est pas que ces gens sont enthousiastes, ils lient un renforçateur naturel déjà existant et tentent d’y associer un nouveau renforçateur.  A l’instar de Pavlov et son fameux chien qui liait un renforçateur clochette avec la nourriture canine.

Un stimulus contrôle pour Pavlov

CPT2

De nombreux tests sont utilisés pour connaître les renforçateurs, je n’en proposerai qu’un ici le questionnaire indirect :

 

II) L’accompagnement en pratique

          A)L’apprentissage sans erreur :

Difficile d’évoquer la guidance sans l’apprentissage sans erreur :

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(Je n’arrive pas à lire/identifier la source mais merci de me l’envoyer si vous la connaissez)

Guidance immédiate au moment de la présentation de l’antécédent, afin de maintenir un taux de réussite important, de préserver la motivation et de réduire l’exposition à l’erreur. On utilise alors le principe de guidance de la plus forte à la plus basse Ensuite, après avoir réduit la complexité pour s’assurer de la réussite, il est possible de complexifier la cible (exemple: l’apprentissage du vélo, on commence par mettre à côté d’un trottoir pour que la personne puisse y monter).

Etudes pour les TND: https://cutt.ly/cuUcuKh
pour la T21 : https://cutt.ly/auUcx0y

Avantages

Inconvénients

L’apprentissage sans erreur est très utile globalement pour maintenir la motivation

Le risque de manque de défi pour certains profils

Il permet sans réduire les attendus, de complexifier peu à peu les tâches

Le regard porté sur l’idée d’apprentissage sans erreur et l’idée sociétale que l’erreur est constructive

Il nécessite un programme complet de travail

Petite vidéo sur l’apprentissage sans erreur de Youtube, sauriez-vous me dire ce qui n’est  pas cohérent dans cette vidéo?

          B) Le chaînage des tâches :

Le chaînage suit un ensemble de tâches séquentielles dont l’achèvement de la précédente est nécessaire à la suivante. Il consiste d’abord à écrire toutes les tâches puis à  guider l’enfant dans tous les comportements nécessaires à l’acquisition de la tâche

Pourquoi utiliser un chaînage :

  • Quand une habileté suit une suite d’actions dont la réalisation dépend de la réussite de chacune de ses sous-tâches
  • Quand des actions s’appuient globalement sur la même routine et s’appliquent de façon quasi identique
  • Quand un enfant, lors d’une tâche, maîtrise certaines actions mais pas l’ensemble de la tâche
  • Quand contrairement au façonnement, on vise un ensemble d’actions et que la réalisation ne doit pas être approximative

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Le chaînage avant  (la personne est guidée puis mise en autonomie sur la première tâche)

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Le chaînage arrière(on commence par guider puis estomper la dernière tâche) :

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Le chaînage total quand la personne connait des morceaux de tâche, nous guidons, estompons l’ensemble des tâches

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Pour aller plus loin : Analyse de tâche

III) Les règles éthiques liées à l’intervention :

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le fait que des personnes autistes aient interrogé les interventions a permis à l’ABA de clarifier ses positions, ansi donc j’ai suivi un module où justement les professionnels soulignent les dérives « validistes ». Bien entendu ce n’est pas propre à l’ABA mais à l’éthique des personnes

  • La première étape consiste d’abord à identifier le profil de la personne ensuite de comprendre la personne et enfin d’accompagner (encore un triptyque)
  • Chaque cible d’intervention doit être utile pour la personne avant tout et secondairement pour son entourage. Ainsi aucune visée de réduction des autostimulations ne sera mise en place sauf si celles-ci sont dangereuses pour la personne. De même, on s’interdira de faire du contact oculaire un but.
  • Autant que possible, partez de ce qu’aime l’enfant, par exemple s’il est autiste parter sur ses intérêts spécifiques
  • On privilégiera l’autogestion des personnes autistes (c’est-à-dire le moyen de pleinement les autonomiser y compris dans le cadre de l’autisme non verbal, leur permettant de choisir elles-mêmes leur conséquence)

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Tableau librement inspiré des différentes formations sur le selfmanagement

Pour aller plus loin : Autogestion en anglais

 

  • Toute guidance doit s’estomper, idéalement il faut éviter toute guidance physique totale

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Autre exemple d’estompage (passage d’un picto à du texte en étapes):train_picto_texte_etapes

  • Tout renforçateur doit être varié et être estompé, on privilégiera ainsi des ratio variables où la personne reçoit un encouragement toutes les X réponses en moyenne mais sans savoir exactement quand. On visera aussi à privilégier les renforçateurs naturels (c’est-à-dire que l’activité soit en elle-même utile et appréciée par l’enfant ou l’adulte)
  • La soumission n’est jamais le but c’est l’autonomie qui est l’objectif.  Aussi il faut apprendre à la personne à savoir s’opposer, dire « non », « refuser « 
  • Se refuser à utiliser du langage infantilisant ou des procédures infantilisantes au regard de l’âge, du développement de la personne. 
  • Aucune guidance inutile ne doit être mise en place, aussi il faut évaluer lors d’une ligne de base, les capacités de l’enfant/adulte autiste
  • Favoriser la généralisation (des personnes, des lieux, des réponses) et privilégier les contextes naturels d’apprentissages (un prochain article sera rédigé sur le sujet)
  • Toute mise en place doit faire l’objet d’une évaluation

Pour aller plus loin :http://aba-sd.info/?cat=28

Un livre qui vient de sortir : livre en français sur l’éthique

Conclusion :

Un sujet long qui bien entendu mériterait plus qu’un article, je n’ai pas évoqué la CAA, les outils visuels, le vidéo modeling, les scénarios sociaux etc. Toutefois, j’espère qu’il engage à réfléchir à l’accompagnement, à l’usage des outils disponibles quels qu’ils soient. Quand j’interviens auprès d’une personne qu’elle soit un enfant ou un adulte autiste, je m’interroge toujours sur l’intervention. Aussi ai-je à cœur d’évaluer l’existant (j’écrirai un article sur les outils d’évaluation) et ensuite de travailler avec son entourage et quand c’est possible avec lui-même les objectifs de l’intervention.

J’espère par cet article, avoir replacé les outils dans ce qu’ils sont, à l’instar des lois de la science, quelque chose de neutre mais qu’il convient d’appréhender avec une réelle éthique, sous peine de réduire l’estime et la motivation des personnes autistes. Enfin je dirais votre motivation doit toujours être le bien-être de la personne elle-même et son autonomie. Fort de cela, l’éthique n’est plus un problème, même si comme le dit l’expression triviale, « l’enfer est souvent pavé ou paré même de bonnes intentions »

N’hésitez pas à liker, à commenter pour me renforcer, à me proposer de l’aide tout en maintenant ma motivation:
https://www.facebook.com/Aspieconseil/

Pour aller plus loin :
La formation PUFADSA  que je recommande vivement(150€): https://sites.google.com/site/pufadsa/descriptif-de-pufadsa

La formation gratuite de l’INSHEA: https://www.autisme-en-ligne.eu/

Les formations proposées par les organismes de formations (FORMAVISON, EDI-FORMATION)

Quelques études

Guidance :

  • Ingvarsson, E. T., & Hollobaugh, T. (2011). A comparison of prompting tactics to establish intraverbals in children withautism. Journal of Applied Behavior Analysis, 44(3), 659-664. doi: 10.1901/jaba.2011.44-659
  • Cihak, D. F., & Grim, J. (2008). Teaching students with autism spectrum disorder and moderate intellectual disabilities to use counting-on strategies to enhance independent purchasing skills. Research in Autism Spectrum Disorders

Renforcement:

  • Charlop-Christy, M. H., & Haymes, L. K. (1998). Using objects of obsession as token reinforcers for children with autism. Journal of Autism and Developmental Disorders, 28(3), 189-198. doi: 10.1023/A:1026061220171
  • Graff, R. B., & Larsen, J. (2011). The relation between obtained preference value and reinforcer potency. Behavioral Interventions, 26(2), 125-133. doi: 10.1002/bin.325

 

 

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